Les tentatives de coup d’État se multiplient au Bénin et surtout sous le président Patrice Talon. Cette situation, au-delà des discours politiques qui tentent de faire croire qu’il s’agit de manœuvres d’une minorité qui cherche à s’opposer au développement du pays, elle n’est pas sans impact sur le vivre-ensemble et surtout sur la cohésion sociale. Ainsi, après ces vents de tentatives de renversement de l’ordre constitutionnel auxquels le Bénin oppose une résilience légendaire, il reviendra certainement au successeur de Patrice Talon de faire face aux séquelles de ces désirs révolus qui surgissent de temps en temps. Alors, le prochain président aura à travailler à restaurer ou à consolider la confiance du peuple et colmater la fracture sociale qui devient profonde.
Face au coup d’Etat déjoué le 7 décembre dernier, beaucoup s’interrogent sur l’oppoortunité d’un tel acte de barbarie à quelques mois seulement de la fin du mandat du Chef de l’Etat Patrice Talon qui a déjà donné toutes les garanties d’une transition à la tête du Bénin en 2026. Aucune raison ne peut justifier un projet si ignoble dont les conséquences sont souvent au-delà des bénéfices qu’on croit y tirer. Dans bien des cas, c’est seulement le début qu’on connaît mais la fin reste un mystère et ouvrant même la porte à toutes sortes d’appétit malsain. Toutefois, quand bien même, le Bénin a frôlé le pire, ce coup manqué ne sera pas sans repercution sur le pays que Patrice Talon laissera en héritage à son successeur.
La reconstitution de la confiance et l’unité réel au sein des forces armées
Il n’est un secret pour personne que avec ce coup d’Etat déjoué la confiance des autorités aux éléments des forces armées béninoises n’est plus entière. Il en est de même pour l’unité réelle des Forces de Défense et de Sécurité (Fds). Selon le rapport présenté par le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, environ 200 soldats béninois ont participé à la phase finale du coup d’Etat déjoué le 7 décembre dernier à Cotonou. Quand bien même ce nombre reste infirme par rapport à l’effectif des forces armées béninoises surtout au regard des recrutements massifs de ces dernières années, il reste significatif dans l’appréciation de la profondeur du malaise social que les militaires putschistes ont tenté de montrer à la face du monde dans leur discours à la télévision nationale.
Surtout quand on considère le cerveau de l’opération, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, présenté par le commandant de la garde républicaine, le colonel-major, Dieudonné Tévoédjré, comme un soldat discipliné et discret qui ne présentait aucun signe pouvant alerter d’un tel acte de sa part, ajouté au nombre important de capitaine déjà arrêté dans l’enquête en cours ; il est notoire de constater que le malaise semble aller au-delà des querelles politiques de l’heure. Ainsi, il est évident que dans le rang des autres militaires qui n’ont pas pu participer activement à cette opération funeste, et qui sont tous perçus de loyaux, chacun a ses sentiments et son opinion qui pourraient favorables à ceux des mutins.
D’un autre côté, la lithanie de mécontentement présenté par le commissaire de police, Delcoz Kindjanhoundé, avant de se laisser appréhender par la police républicaine ne peut pas rester sans l’approbation d’autres agents de sa corporation qui peut-être applaudissent impuissamment en secret le discours de leur collègue qui séjourne désormais en prison. Quand bien même les points soulevés par le commissaire qui s’est trouvé une âme de panafricaniste, semblent ne pas être totalement fondés, si l’on s’en tient aux discours officiels, ils constituent néanmoins l’opinion d’un bon nombre de béninois.
Alors, le prochain président du Bénin aura la tâche de redonner confiance aux Fds et renforcer leur unité réelle écornée par ce coup manqué. Pour ce faire, il lui sera urgent d’identifier le plus tôt que possible les foyers dormants que constituent les soldats déçus par l’échec du coup d’Etat mais qui continuent de se montrer disciplinés étant dans les rangs. C’est ainsi qu’il pourra se préserver durablement d’un retour des vieux démons.
La fracture sociale, l’autre défi
Les béninois sont unanimement d’accord autour des acquis des dix années de la gouvernance du président Patrice Talon au Bénin. Au plan infrastructurel, une bonne appréciation est faite de l’héritage de la rupture, de même qu’au plan sécuritaire et sur le volet de l’éducation quand bien même il y a encore des efforts à faire. Mais sur le plan de la gouvernance politique et économique, bon nombre des réformes initiées par le Chef de l’Etat semblent faire oublier les autres acquis.
Et c’est d’ailleurs ce qui semble accentuer la fracture sociale. Cette fracture est aggravée par le sentiment de déception non exprimé ou du moins exprimé en catimini par ces béninois qui dans leur naïveté pensent que la réussite du coup d’Etat serait une délivrance pour le peuple. Les quelques réactions spontanées de satisfaction remarquées çà et là dès l’apparition des putschistes à la télévision nationale traduit quelque part la soif de changement que ressente une partie du peuple. Que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les rues tout comme dans les marchés, des citoyens se sont montrés heureux du danger qui était sur le point d’arriver.
Au demeure, le successeur de Patrice Talon héritera d’un pays dans lequel la quête de consolidation de la paix sociale, de la cohésion et de l’unité s’est accrue. C’est ce qui justifie les nombreux appels et prières pour la paix qui s’organisent de plus en plus dans le pays.
Edouard ADODE












