Après plusieurs plaidoyers et lobbying, il est annoncé par le gouvernement le reversement progressif de 3000 à 3500 Aspirants au Métier d’Enseignant (Ame) en Agents Contractuels de l’Etat (Ace). Ce programme très attendu par la grande masse du personnel enseignant de l’école béninoise de la maternelle au secondaire en passant par le primaire devrait commercer courant l’année 2025. Mais au moment où l’attente devenait longue, la Vice-présidente de la République, Mariam Chabi Talata et le président du Parti Union Progressiste le Renouveau (Up-r) au cours d’une sortie politique dans la commune de N’Dali, ont pris le contre pied du gouvernement en essayant de démontrer que l’effectivité du reversement sera une pure démagogie.
A l’issue du conseil des ministres du mercredi 12 janvier 2022, le gouvernement béninois a pris une décision qui en son temps a suscité assez d’espoir dans le rang des acteurs du système scolaire. Il s’agit du reversement progressif des Ame dans la fonction publique. Cette mesure devra prendre en compte 3000 Ame sur plus de 30 000 qui interviennent dans les écoles, lycées et collèges du Bénin. Malgré le nombre, avec cette annonce, ces enseignants contraints à la précarité espéraient enfin pousser un ouf de soulagement surtout pour ceux d’entre eux qui voient leurs âges avancer sans aucune garantie de retraite.
Trois ans après cette annonce, les lignes n’ont pas bougé outre mesure et l’espoir placé en cette promesse s’est totalement évaporé. C’est alors qu’au cours d’un meeting politique à N’Dali le 8 septembre 2025, un Ame a osé poser cette préoccupation à la Vice-présidente de la République et le président de l’Upr. Mais en lieu et place d’une réponse pouvant ranimer la flamme de l’espérance dans le rang de ces enseignants qui constituent l’épine dorsale du système éducatif au Bénin, la réaction des deux personnalités de la mouvance présidentielle fut choquante et même brutale.
«On ne va pas céder aux pressions qui ne tiennent pas compte des impératifs liés à l’obligation de résultats dans l’enseignement pour prendre des décisions. Moi je trouve que c’est une sorte de chantage, vous êtes 30 000 et que derrière vous il y a 3 millions mais derrière tous les béninois il y a 14 millions parmi eux il faut assurer l’éducation de qualité à plus de 7 millions, 8 millions de béninois… », a servi la Vice-présidente. A sa suite, Joseph Djogbénou s’est mis à démontrer que « si nous faisons par démagogie le reversement, la route que nous faisons jusqu’à Malanville, nous aurons des problèmes, nous aurons des problèmes d’électricité, d’eau, d’infrastructures, d’industrialisation, de transformation des produits … ».
Or, quelques mois plus tôt, précisement le 4 avril 2025 dans le département du Mono, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbedji rassurait en ces termes, «même si c’est douloureux de ne pas reverser les 32 000 Ame, on va être responsable et on va y aller avec stratégie». Il va plus loin en martelant que « si en juin, juillet ou septembre, on constate une mobilisation des ressources supérieure aux prévisions, on pourra prendre 5 000 agents de plus ». Pour dissiper les doutes suscités par les propos de Djogbénou et Talata, le porte-parole du gouvernement est encore monté au créneau le 12 septembre 2025 pour confirmer que «le gouvernement a dit que c’est au budget 2025 qu’on va commencer. On est encore en 2025. Si ça change, je viendrai vous dire que ça a changé et je vous dirai pourquoi ça a changé ».
Ainsi, quatre ans après la promesse, les Ame sont toujours dans l’attente ou du moins espèrent le retour du porte-parole du gouvernement pour situer les uns et autres puisque le budget de l’État exercice 2025 est désormais bouclé.
Édouard ADODE












