La mutinerie du 7 décembre 2025 menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri de la garde nationale dans le but de renverser le président Patrice Talon continue de susciter des interrogations. Ainsi, au cours de la cérémonie d’hommage au Quartier-Maître feu Jean-Baptiste Dotou tombé en défendant le domicile du Chef de l’Etat lors de cette mutinerie, le commandant de la garde républicaine, le Général Dieudonné Tévoédjrè est revenu sur certaines questions qui méritent de profondes réflexions pour de vraies leçons. Il s’étonne que des frères d’armes retournent leurs armes contre leurs frères alors qu’ils étaient tous appelés à faire face aux ennemis de la République qui tentent de troubler la quiétude des populations à certaines frontières nord du pays.
« Comment comprendre que des frères d’armes ont pu retourner l’arme acquise pour lutter contre l’ennemi qui nous menace tous sur nos frontières septentrionales, contre nous-mêmes ? Quelle propagande a pu avoir raison d’eux ? Qu’en était-il advenu du serment, de leur serment, de notre serment que nous avions tous prêté ensemble à la fin de nos marches fourragères ? ». Ces questions issues de l’oraison funèbre du Général Dieudonné Tévoédjrè le samedi 17 janvier 2026 au cours de la cérémonie d’hommage au Quartier-Maître feu Jean-Baptiste Dotou ne sont pas seulement des tournures rhétoriques pour répondre à une formalité protocolaire. Elles appellent plutôt à une profonde méditation en vue de la préservation de la réputation de l’armée béninoise jadis reconnue comme la plus républicaine de la sous-région.
Les réponses à ces interrogations du Général Tévoédjrè doivent amener à scruter l’état d’esprit des hommes et femmes qui manipulent les armes au quotidien pour la défense de la patrie. Etant avant tout des citoyens à part entière, il est bien possible que ces soldats soient affectés par les événements socio-politiques du pays. Ainsi, quand des frustrations et des mécompréhensions gagnent l’esprit d’un soldat, la fidélité à son serment risque de passer au second rang. De même quand le risque du sacrifice suprême devient plus grand dans la guerre asymétrique qui se déroule au niveau de certaines frontières septentrionales du pays, des soldats peuvent être tentés de se laisser gagner par des idéologies néo-panafricanistes qui poussent au renversement de l’ordre constitutionnel dans plusieurs pays africains.
Alors, à partir des interrogations du Général Tévoédjrè, il est impérieux d’examiner régulièrement l’état d’esprit des soldats même celui de ceux dont la loyauté et la discipline ne souffrent apparemment d’aucune insuffisance comme ce fut le cas du lieutenant-colonel Pascal Tigri qui, jusqu’à la veille de son opération ubuesque se montrait dévoué et sans danger. De même, le rappel du serment et du principe de la neutralité politique de l’armée à tout moment pourra préserver les esprits de toute idée périlleuse pour la patrie.
Edouard ADODE












