Le rêve d’unification de l’Église du Christianisme Céleste (Ecc) semble, pour l’heure, être repoussé. Le 26 avril 2025, dans une démarche de médiation religieuse, le président de la République du Bénin, Patrice Talon, a entrepris de poser les jalons de cette réconciliation tant espérée. Dans cette logique, un Conseil Supérieur de Transition (Cst) de quinze membres a été mis en place, avec un mandat de douze mois. Il a pour mission était de restructurer l’Église, restaurer l’harmonie entre ses différentes branches, préparer une gouvernance démocratique, durable et légitime, moderniser les textes fondamentaux, tout en veillant scrupuleusement au respect des valeurs originelles léguées par le prophète fondateur, le Prophète Samuel Biléou Joseph Oshoffa.
Cette initiative présidentielle, saluée à l’époque et accueillie à l’unanimité par les membres du Conseil parmi lesquels figurent des représentants de plusieurs pays africains où l’Ecc est implantée nourrissait l’espoir d’un nouveau départ pour cette congrégation née sur le territoire béninois en 1945. Mais onze mois après, le constat est moins reluisant. Le Cst est de plus en plus fragilisé, avec des démissions et des déclarations publiques qui suscitent de vives inquiétudes.
Le climat actuel au sein de l’Ecc semble ainsi donner raison aux observateurs sceptiques, pour qui l’unification de cette église n’est pas une simple entreprise. Dans un contexte où ni les branches du Bénin ni celles du Nigeria ne souhaitent renoncer pleinement à leurs pratiques respectives, la construction d’une compréhension mutuelle et d’une collaboration franche entre les différentes tendances se révèle particulièrement délicate.
C’est d’ailleurs ce qu’illustre la lettre de démission adressée au Cst par Olatosho Mathieu Oshoffa. Dans ce courrier, l’ancien président de comité dresse un inventaire précis des points de divergence qui, selon lui, entravent le processus d’unification. Il cite notamment la Constitution Bleue, le Livre Saint et le Saint Livre de l’Église du Christianisme Céleste, qu’il considère comme des textes universels élaborés par le père fondateur sous l’inspiration directe du Saint-Esprit. Il évoque également l’article 91, qui consacre le règne absolu du Saint-Esprit sur l’Église, notamment en matière de dénomination, de doctrine, de formes de culte et de cantiques. À cela s’ajoute, selon lui, l’autorité des enseignements oraux et audio-visuels du prophète fondateur, qui devraient être pris en compte au même titre que les textes écrits.
Avec cette position, il est clair que l’harmonie entre les différentes branches de l’Ecc reste difficile à atteindre. De même, la personne du Président Patrice Talon, en tant qu’initiateur de ce processus d’unification semble gêner plus d’un des fidèles de l’Ecc qui prétendent qu’il est un intru dans une affaire hautement spirituelle.
Alors, face au désir d’unification des fidèles de cette congrégation se dresse la montagne des dogmes et des préjugés qui pourraient rendre cette mission impossible au Cst dans sa forme actuelle. Au cas où, il la réussirait, ce serait une unification forcée et de façade qui s’effriterait en très peu de temps pour laisser place à d’autres formes de luttes plus virulentes que celles qu’on veut essayer de régler.
Emile SINGBO












