A quelques mois de la fin du pouvoir de la rupture et du nouveau départ installé à la tête du Bénin depuis avril 2016, l’heure est au bilan. Si grâce à la vision du Président Patrice Talon, ce pouvoir a permis au Bénin de rattraper certains retards dans plusieurs domaines, au plan politique, il laisse un goût de tragédie pour bon nombre de Béninois et surtout pour une grande partie de ses pionniers. La plupart de ceux qui ont eu à jouer aux faiseurs de roi pour l’avènement du Président Patrice Talon au pouvoir n’ont pas échappé à la malédiction liée à ce rôle. Chacun d’eux boit soit le calice de la prison ou celui de l’exil jusqu’à la lie. Mais, de tout le lot, seul Joseph Djogbénou semble sortir indemne de cette tragédie politique.
Edouard ADODE
Que reste-t-il encore du cercle restreint du Chef de l’Etat Patrice Talon ? Que sont devenues les têtes de pont de la coalition de la rupture qui a porté triomphalement l’opérateur économique Patrice Talon à la tête du Bénin en 2016 face à l’armada de moyen déployée autour de son challenger à l’époque, Lionel Zinsou ? La réponse à ces interrogations laisse entrevoir autour du chantre de la rupture un champ de bataille presque désert. La lune miel espérée par ces personnalités qui ont pris le risque d’accompagner la candidature de Patrice Talon en disgrâce à l’époque avec son ami au pouvoir, Boni Yayi, a été d’une courte durée pour la plupart d’entre elles.
La malédiction des faiseurs de roi
Quelques mois seulement après l’installation de Patrice Taon dans ses nouvelles fonctions de Président de la République, Sébastien Ajavon, venu en troisième position à l’issue du premier tour du scrutin présidentiel de 2016 et devenu grand soutien du magnat du coton pour le second tour ; s’est retrouvé face à la dure réalité. Cité dans une affaire de trafic de drogue qui va ouvrir la porte à une série de procès, il a dû prendre la poudre d’escampette pour préserver sa liberté tout en sacrifiant ses entreprises au Bénin et même ses biens. Mohamed Hinnouho Atao a goûté à la prison dans une affaire de vente de faux médicaments et puis un long séjour hors de sa terre natale avant son retour totalement diminué au plan politique.
Les plus chanceux du cercle restreint du Chef de l’Etat Patrice Talon ont servi la Nation dans le gouvernement avec une fin très peu envisageable au début de l’aventure. Ainsi, Sévérin Quenum, avocat personnel de l’homme d’affaires, nommé ministre de la justice a été brusquement limogé en avril 2023 sans que les raisons de cette sanction ne soient connues du peuple. Presque le même sort sera infligé à Oswald Homéky, ministre des sports, et qui avait initié une mobilisation populaire pour la caution du candidat Patrice Talon à l’élection présidentielle de 2016. Il a été simplement contraint à démissionner pour avoir indiqué Olivier Boco comme le légitime successeur de Patrice Talon après ses deux mandats constitutionnels. Plus tard, ces deux seront cités dans une affaire de tentative de coup d’Etat contre Patrice Talon, et sont jugés et condamnés. C’est donc dans le silence de la prison que Olivier Boco, l’ami intime de Patrice Talon, et Oswald Homéky célèbrent la fin du pouvoir qu’ils ont contribué à installer.
Quant à Candide Azannaï, lui qui a été le cauchemar de Boni Yayi vers la fin de son mandat, va gagner le poste de ministre délégué à la défense dans le gouvernement de son ami Patrice Talon. Mais très vite, il va démissionner pour rester fidèle à sa philosophie. Ainsi, le philosophe de Jonquet renoue avec ce qu’il sait faire le mieux, c’est-à-dire critiquer de manière acerbe le gouvernement tout en présentant une certaine immunité qui s’est écroulée suite à la tentative de coup d’Etat déjoué le 7 décembre 2026. Il sera repéré par la justice pour certaines de ses déclarations et détenu en attendant son procès.
Professeur Joseph Djogbénou, le grand rescapé
Mais, cette malédiction qui frappe les faiseurs de roi depuis le temps de Mathieu Kérékou ne va pas s’abattre sur le Professeur Joseph Djogbénou. Avocat personnel de l’opérateur économique Patrice Talon, la défense de son client ne va pas se limiter devant les tribunaux. Il a sacrifié sa candidature à la présidentielle de 2016 au profit de celle de son client qui revenait fraîchement de l’exil. D’ailleurs, pour que ce retour soit effectif, la contribution de Me Joseph Djogbénou à travers son mouvement « mercredi rouge » n’est plus à démontrer.
Le célèbre avocat aurait été convaincu qu’après le mandat unique promis par le candidat Patrice Talon lors des campagnes en 2016, il pourrait renouer avec son rêve de devenir Président du Bénin. Mais, c’est sans compter sur l’incertitude des réalités politiques ! Le professeur sera malgré lui tenu d’accompagner son client dans un second mandat non prévu au départ de l’aventure avant de se voir plus éloigné de son rêve avec la désignation de Romuald Wadagni comme le dauphin de Patrice Talon pour la présidentielle d’avril 2026. D’ailleurs, entre temps, l’estime dont il jouissait auprès de la jeunesse béninoise s’était sérieusement érodée. Malgré tout, il a réussi à ne pas marchander sa docilité au chantre de la rupture en servant la République à l’Assemblée nationale, au gouvernement et puis à la cour constitutionnelle et bientôt à un autre niveau.
En dépit de tout, Joseph Djogbénou est presque le seul à n’avoir pas subi ce triste sort qui a toujours frappé les faiseurs de roi au Bénin et même ailleurs. Alors, la fin du pouvoir de la rupture mérite bien d’être fêtée par le président de l’Union Progressiste le Renouveau qui sort indemne de ce vent très redouté.












