Aussitôt installé à la tête de la commune de Parakou, le nouveau maire Zul-Kifly Zacharie prend ses marques. Déjà lors de sa première cérémonie des couleurs en sa qualité de maire de la ville à statut particulier du nord Bénin, le nouvel édile affiche ses ambitions pour la gouvernance locale. Ensuite, il enchaîne avec une descente sur le terrain en visitant un quartier résidentiel de la ville. A travers ces premiers pas du plus jeune des actuels maires du Bénin transparaissent des erreurs de jeunesse qui risquent de compromettre ses résultats à la tête de la cité des Kobourou et qui pourraient même écourter son mandat.
Edouard ADODE
Le dimanche 15 février 2026, le préfet du Borgou, Djibril Mama Cissé, a procédé à l’installation du nouveau conseil municipal de Parakou. Ce qui a permis de dévoiler les membres de l’exécutif de la commune. A cet effet, le Bloc Républicain qui est le parti majoritaire à l’issue des élections municipales et communales du 11 janvier 2026 à Parakou a porté son choix sur Zul-Kifly Zacharie pour succéder à Inoussa Chabi Zimé, élu député. Ainsi, à 34 ans d’âge, Zul-Kifly Zacharie se retrouve à la tête de la 3e ville à statut particulier du Bénin et la métropole du septentrion comme pour confirmer cette célèbre pensée de Pierre Corneille qui dit, « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Ce qui vient combler le désir de ceux qui rêvent de voir la jeunesse aux affaires.
Au lendemain de son installation, sans une passation pompeuse de charge, le jeune maire s’est mis à l’œuvre. Il s’est montré prêt pour la mission qui lui est confiée par les populations de Parakou. Par sa ponctualité, il affiche sa volonté de servir et de laisser ses empreintes dans l’histoire de cette ville dont le fauteuil municipal est convoité par de grands noms. De même, le nouveau maire donne le signal d’un homme de terrain avec sa descente à Kpérou-Guéra pour constater l’insalubrité de ce quartier résidentiel. Mais ce départ en trombe expose le plus jeune maire actuel du Bénin à trois erreurs de jeunesse.
La confusion entre affirmation de l’autorité et celle de soi
Au cours de la cérémonie des couleurs du lundi 16 février 2026, le nouveau maire s’est vite mis à confondre l’affirmation de l’autorité qu’il incarne désormais à l’affirmation de sa personne. S’adressant au personnel administratif de la mairie, le maire Zul-Kifly Zacharie fait une mise en garde.
« Je veux que nous travaillions avec méthode, avec tout le respect possible… On peut se parler comme on a l’habitude de se parler. Mais attention ! Les responsabilités ont changé », fait remarquer le maire à ses anciens collègues de service puisqu’il était lui aussi un travailleur de la mairie. Zul-Kifly Zacharie attire ainsi l’attention du personnel de la mairie sur son nouveau statut, celui de l’autorité municipale. Mais ce détail était-il vraiment nécessaire ? Le respect à l’autorité ne se réclame pas mais il est un devoir pour tout citoyen. D’ailleurs, ces agents de la mairie étant tous des personnes responsables doivent savoir les nouvelles limites qui existent dans leur rapport avec leur désormais ancien collègue.
Alors, à cette allure, le risque pour le nouveau maire de frustrer le personnel de la mairie est évident. De même, avec cette mise en garde, le premier citoyen de Parakou risque dans les jours à venir de voir du manque de respect à son autorité dans certains actes de ses collaborateurs. Ce qui pourrait empoisonner l’atmosphère de travail entre le maire et le personnel administratif.
La confusion d’époque ?
Dans ses propos lors de cette même cérémonie des couleurs, le maire Zul-Kifly Zacharie semble se tromper d’époque bien qu’étant jeune. Le nouvel édile semble perdre de vue que ce n’est plus l’époque où le maire est le patron de l’administration municipale. Il semble oublier que le vrai patron du personnel de la mairie est le Secrétaire Exécutif (S.e.) et que le maire ne représente que l’autorité politique qui assure la supervision politique des affaires.
A cette allure, le risque de collision entre le maire et le S.e. est présent au sein de cette mairie. En voulant s’afficher comme le patron des lieux, le maire risque donc d’empiéter sur les prérogatives du chef de l’administration municipale qu’est le S.e. D’où la nécessité de l’appropriation des textes de la décentralisation par le nouvel élu afin d’éviter des conflits inutiles qui pourraient mettre en péril des actions de développement.
La confusion de la vitesse et la précipitation
La descente du maire à Kpérou-Guéra est une démonstration de fougue de jeunesse qui anime le nouvel édile. Mais cette fougue risque d’être la grande faiblesse du nouveau maire. Le maire n’a pas besoin d’affirmer son dynamisme par des promenades inutiles comme le faisait l’ancien président Boni Yayi. Le dynamisme doit amener le maire Zul-Kifly Zacharie à aller à l’école de ses deux derniers prédécesseurs que sont Inoussa Chabi Zimé et Charles Toko. Ces deux ont prouvé que le secret de la gestion d’une ville comme Parakou n’est pas dans l’agitation mais plutôt dans la réflexion et des actions ciblées à fort impact sur la population. Ce qui nécessite à la fois l’écoute des populations et la clarté dans les choix.
Ce qui n’est pas encore le cas avec cette première descente du maire Zul-Kifly Zacharie. Elle pourrait avoir plus d’impact si elle intervenait après l’installation des commissions techniques, des Chefs d’Arrondissements (C.a) et le Conseil de Supervision dont il est le Président. Ainsi, cette descente pourrait refléter une action coordonnée et collégiale de la municipalité pour aboutir à des résultats concrets. Sinon, c’est à croire que le maire Zul-Kifly Zacharie n’a pas besoin des autres organes du conseil municipal pour agir. Ce qui est absurde.
Alors, il est impérieux pour le nouveau maire de considérer son mandat comme un marathon et non comme une course de vitesse afin de s’éviter de s’essouffler avant même de commencer.












