Après dix ans à la tête du Bénin en qualité de Président de la République, Patrice Talon s’apprête à transmettre le témoin à son successeur élu le 12 avril dernier. Quand bien même, cette transmission de témoin n’est pas une nouveauté pour le peuple béninois, celle qui s’annonce garde une particularité historique. C’est pour la première fois dans l’histoire de la démocratie béninoise que le dauphin d’un président sortant remporte une élection présidentielle au Bénin. Ainsi, Patrice Talon est en train de faire bégayer une tradition politique au Bénin pour permettre au peuple béninois d’expérimenter la continuité.
Il n’y a plus l’ombre d’aucun doute sur l’alternance au sommet de l’État au Bénin. Dès le 23 mai prochain, Patrice Talon cédera son fauteuil à Romuald Wadagni selon la tradition démocratique en cours au Bénin depuis l’historique conférence des forces de la Nation de février 1990. Ainsi, pour la 4e fois de son histoire, le peuple béninois sera témoin d’une transition démocratique à la tête de l’État. Ce qui devient une marque de la démocratie béninoise dans un contexte sous régional caractérisé par des renversements de l’ordre constitutionnel. Ainsi, le Président Patrice Talon s’apprête à sortir par la grande porte de l’histoire de son pays pour la poursuite de sa marche démocratique malgré les difficultés de certains acteurs de la classe politique face aux exigences de la réforme du système partisan au Bénin.
Ce qui est historique dans cette transition qui se prépare à la tête de l’État, c’est qu’il s’agit d’une alternance sans rupture. En effet, c’est pour la première fois depuis 1990, qu’un président sortant réussit à faire élire son dauphin au Bénin. À l’ère du renouveau démocratique au Bénin, aucun président n’a pu relever le défi de la continuité. Pour rappel, 1996, l’ancien président Nicephore Soglo a perdu l’élection qu’il a lui-même organisée. En 2006, le feu Général Mathieu Kérékou n’avait pas eu un dauphin et aucun de ses héritiers politiques n’a pu réussir face à Boni Yayi. Ce dernier également n’a pas pu faire élire son dauphin d’alors, l’ancien premier ministre Lionel Zinsou battu dans les urnes par Patrice Talon en 2016.
Mais malgré son impopularité qu’il assume fièrement, Patrice Talon vient de le faire. Son candidat est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle du 12 avril dernier face à Paul Hounkpè qui prônait la fin du système en place. Ainsi, après Talon, il ne s’agira pas d’un inconnu au palais de la Marina qui aura à demander du temps avant de prendre ses marques. Il ne s’agira non plus d’un recommencement comme ce fut le cas dans le passé à chaque changement de Président de la République. Il s’agira plutôt d’un changement de rythme mais toujours dans la même direction que celle tracée par Patrice Talon. Il s’agira d’une continuité mais dans un autre feeling, celui de Wadagni.
Au demeurant, Patrice Talon, grâce à ses réformes surtout celle du système partisan, engage le Bénin dans une nouvelle expérience, celle de faire d’expérimenter un même système de gouvernance sur un long terme en vue de mieux apprécier ses impacts sur le développement du pays.
Édouard ADODE












