Le Mali s’enfonce-t-il dans une impasse sanglante malgré ses nouvelles alliances ? Alors que les autorités de transition à Bamako multiplient les discours sur la souveraineté retrouvée, la réalité du terrain impose un constat bien plus sombre. Les récentes attaques d’envergure, frappant jusqu’au cœur de la capitale et les garnisons du Nord, soulèvent une question brutale sur la crédibilité de l’Alliance des États du Sahel (AES). Lancée en grande pompe par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, cette organisation promettait une mutualisation des forces pour éradiquer le péril djihadiste là où les partenaires occidentaux auraient échoué. Pourtant, sur le plan opérationnel, la coordination tarde à se traduire par des victoires décisives et l’on assiste au contraire à une fragmentation sécuritaire inquiétante.
L’inefficacité de cette coopération repose sur des piliers fragiles, à commencer par un déficit criant de moyens technologiques. Malgré l’appui de nouveaux partenaires, la surveillance des vastes zones frontalières reste lacunaire et l’absence d’une véritable intégration du commandement handicape la réactivité des troupes. Contrairement aux forces conjointes précédentes, l’AES fonctionne davantage comme une coalition de survie politique que comme une armée intégrée. Cette porosité persistante permet aux groupes armés de continuer à jouer avec les frontières, exploitant la lenteur de réaction des forces nationales qui peinent encore à opérer efficacement hors de leurs bases respectives.
Le discours officiel sur la montée en puissance des Forces Armées Maliennes se heurte ainsi à la multiplication des zones d’ombre. Si la reprise de Kidal a constitué un succès symbolique majeur, elle n’a pas empêché l’insécurité de se métastaser vers le centre et le sud du pays. L’AES, au lieu de créer un effet de tenaille contre les groupes terroristes, semble s’enfermer dans une posture défensive peu productive. Pour l’instant, l’alliance ressemble davantage à un pacte de solidarité entre régimes militaires qu’à une machine de guerre capable de stabiliser la région. Si la coopération ne dépasse pas rapidement le stade des communiqués de presse pour s’incarner dans des opérations transfrontalières d’envergure, le Mali risque de rester le théâtre d’une instabilité chronique. Le temps de la diplomatie des sommets est désormais révolu, tandis que celui de l’efficacité opérationnelle n’a toujours pas commencé.
Édouard ADODÉ












