Porté à la tête de la Force Cauri pour un Bénin Émergent (Fcbe) dans un contexte particulièrement orageux, marqué par l’obtention du certificat de conformité du parti contre le plein gré de son fondateur Boni Yayi, Paul Hounkpè vient de clore un chapitre majeur de son parcours politique. Après sept ans d’une gestion à la fois contestée et résiliente, le Secrétaire Exécutif National (Sen) dépose enfin le tablier. Sa lettre de démission, datée du 28 avril 2026 à Abomey-Calavi, se veut sobre mais s’avère lourde de sens, marquant la fin d’une ère pour cette formation politique. Si cet acte relève de son droit le plus absolu, les circonstances de ce départ suggèrent que le candidat malheureux aux élections présidentielles de 2021 et du 12 avril dernier pressent l’arrivée d’un déluge politique.
En 2019, alors que l’opposition radicale prônait le boycott face aux impasses juridiques, Paul Hounkpè avait fait le pari risqué du compromis administratif. C’est un choix qu’il prend d’ailleurs soin de rappeler dans sa missive en soulignant la longévité de son engagement, précisant qu’il a passé plus de six ans à la barre depuis septembre 2019. L’obtention du certificat de conformité, perçue par l’aile dure comme une trahison envers l’ancien président Boni Yayi, avait scellé un divorce idéologique profond et définitif. Hounkpè s’était alors retrouvé aux commandes d’un navire dont l’équipage historique avait déserté, le laissant seul face à l’étiquette pesante d’une opposition dite modérée. Ce parcours n’a pas été de tout repos, comme il l’admet lui-même en évoquant les hauts et les bas ainsi que les échecs inhérents à la condition humaine.
Il est toutefois intriguant de constater que c’est précisément à l’heure du bilan que le désormais ex-patron de la Fcbe décide de claquer la porte. Les scores obtenus lors des derniers scrutins ont agi comme un révélateur brutal de l’érosion du parti. En échouant à mobiliser au-delà de son cercle restreint, la Fcbe a vu son influence s’étioler sur l’échiquier politique national au point de ne plus compter aucun élu. Cette démission démontre que Paul Hounkpè tire enfin les conclusions d’un échec qui n’est plus seulement statistique, mais structurel. Dans un contexte de réforme politique profonde, cet échec pourrait bien ouvrir la porte à la dispersion totale du noyau restant, surtout face à la trêve politique désormais inscrite dans la constitution béninoise et qui s’annonce implacable.
Privé de financement public puisqu’il ne remplit plus les conditions de représentativité, le pronostic vital du parti est désormais engagé avant les prochaines élections générales prévues pour 2033. Alors, dans une atmosphère où les adhésions sont devenues quasi inexistantes, cette démission sonne comme une échappatoire stratégique trouvée par Hounkpè afin d’éviter de couler avec le navire dont il avait hérité par la force des choses. Toutefois, sa posture de modéré étant désormais bien cotée par le pouvoir en place, notamment pour avoir accepté de faire le jeu face à Romuald Wadagni lors de l’élection présidentielle du 12 avril dernier, ce départ pourrait bien lui ouvrir de nouvelles perspectives. Une nomination au Sénat en guise de récompense pour avoir sauvé la face du processus électoral n’est désormais plus à exclure pour celui qui vient de quitter les Cauris.
Édouard ADODÉ












