Le paysage béninois s’est métamorphosé sous l’impulsion de Patrice Talon. En l’espace d’une décennie, les artères des cités ont pris des airs de métropoles modernes, les marchés se sont parés de structures rutilantes et le bitume a conquis des territoires autrefois délaissés par le progrès. Ce bilan infrastructurel, indéniable et visible, restera l’empreinte indélébile d’une administration qui a fait du bâti et de la rigueur macroéconomique, portée par le ministre d’État, Romuald Wadagni, sa priorité absolue. Pourtant, alors qu’une nouvelle page s’ouvre à la tête de l’État, une évidence s’impose avec une force implacable, si les routes relient les pôles économiques, elles ne soignent pas les individus, et si les ponts franchissent les fleuves, ils ne comblent pas pour autant le fossé béant des inégalités sociales. Le défi qui attend le nouveau président élu, Romuald Wadagni, est désormais limpide car il s’agit de passer de la pierre à la chair, et de réorienter la boussole nationale du béton vers l’humain.
L’obsession du bâtisseur, si elle a permis de moderniser le visage du pays, a eu un prix social qu’il n’est plus possible d’ignorer. Sous le règne de Patrice Talon, le citoyen a souvent eu l’impression d’être le grand oublié d’un développement spectaculaire mais lointain. La discipline budgétaire de fer, instaurée par le ministre Romuald Wadagni pour rassurer les marchés internationaux et financer ces monuments de modernité, s’est traduite par une pression fiscale accrue et un sentiment d’étouffement au sein des couches les plus vulnérables de la population. L’adage populaire affirmant que le goudron ne nourrit pas son homme cache une réalité douloureuse, celle d’un panier de la ménagère qui semble se vider à mesure que les boulevards s’élargissent. L’urgence n’est donc plus dans le béton, mais à la consolidation du droit fondamental de vivre dignement et de ne plus craindre le lendemain.
Le nouveau chef de l’État qui entrera officiellement en fonction le 24 mai prochain, doit admettre que la véritable puissance d’une nation ne se mesure pas au nombre de ses gratte-ciels, mais à la solidité du système de santé et à la pertinence du modèle éducatif. Réhabiliter les murs des hôpitaux constitue une étape nécessaire, mais garantir que chaque individu puisse se soigner sans s’endetter sur plusieurs générations demeure une obligation morale. De même, si les chantiers de l’ère Talon ont généré des emplois temporaires de manœuvre, seul l’investissement massif dans le capital immatériel pourra offrir des perspectives durables à une jeunesse en quête de sens.
L’humain, c’est aussi le retour au dialogue. Après une période de gouvernance verticale, le pays manifeste une soif de concertation, de reconnaissance et d’apaisement social.
Il ne s’agit nullement de renier l’héritage de modernisation ou la stabilité financière maintenue par Romuald Wadagni, ni d’immobiliser les engins de chantier. Un pays privé d’infrastructures est un pays condamné à l’inertie. Cependant, le développement doit cesser d’être une simple démonstration de force technique pour devenir une expérience de bien-être quotidien pour chaque foyer. Le nouveau président possède l’occasion historique de réconcilier le citoyen avec l’État en plaçant l’épanouissement de l’individu au cœur de chaque décision. En choisissant cette voie, il ne se contentera pas de gérer un territoire, il portera enfin un véritable projet de société où le bitume n’est plus une fin en soi, mais un simple outil au service de la vie. Il est temps, désormais, que le développement de la nation revête enfin un visage humain.
Édouard ADODÉ












