Après douze mois de travail acharné, le Conseil Supérieur de Transition (Cst) mis en place pour la réunification des différentes branches de l’Eglise du Christianisme Céleste (Ecc) a déposé son rapport le 30 avril dernier. En recevant ce rapport en présence de son successeur Romuald Wadagni, le Président Patrice Talon a affiché sa détermination au sujet de la mise en œuvre des recommandations consignées dans ledit rapport. Un chantier sur lequel il compte s’impliquer personnellement en vue de l’unification de l’Ecc. Mais, au regard des réticences observées, la mise en œuvre forcée de ces recommandations risque d’ouvrir le boulevard à la prolifération des églises dérivées de l’Ecc au Bénin.
Cette menace de fragmentation n’est pas une simple vue de l’esprit, car le paysage religieux béninois compte déjà de nombreuses églises dérivées de l’Ecc qui maintiennent rigoureusement la même liturgie. Ces congrégations ont souvent apporté de légères modifications à leurs accoutrements pour se distinguer visuellement, mais elles convergent toutes vers un point central, la revendication absolue de l’héritage spirituel du prophète Biléou Joseph Oshoffa. Pour ces fidèles, être l’héritier légitime du fondateur ne passe pas nécessairement par l’appartenance à une structure administrative unique, mais par la fidélité aux préceptes originels. L’implication directe du pouvoir exécutif dans l’application des conclusions du Cst pourrait ainsi pousser de nouvelles paroisses à rejoindre ce modèle d’autonomie pour échapper à une tutelle perçue comme imposée.

En s’immisçant dans un domaine où la légitimité se forge par l’onction et non par le droit positif, l’État risque de se heurter à la résistance d’identités locales établies depuis des décennies. Si la rigueur de l’autorité publique devient coercitive, elle transformera les divergences actuelles en ruptures définitives. Les responsables de paroisses qui se sentiraient lésés par le nouveau cadre institutionnel préféreraient sans doute l’indépendance totale à une intégration forcée sous une autorité qu’ils contestent. On assisterait alors à une éclosion incontrôlée de nouvelles dénominations qui, tout en conservant les racines liturgiques célestes, s’affranchiraient de toute coordination centrale pour devenir des entités souveraines tournant autour du culte du fondateur.
Un tel foisonnement de structures indépendantes affaiblirait inévitablement le poids social et diplomatique de la communauté céleste au Bénin. Au lieu de la stabilité recherchée, le pays verrait émerger une mosaïque de micro-églises concurrentes, multipliant les tensions de voisinage sur fond d’attaques de tout genre. Une unification pérenne nécessite un temps de maturation organique que la célérité du calendrier politique pourrait brusquer de manière irréparable. En voulant forcer le destin, l’autorité publique risque paradoxalement d’accélérer l’émiettement de ce patrimoine spirituel du Bénin. Le dialogue doit donc rester l’unique boussole pour éviter que la foi ne s’évapore vers de nouveaux horizons plus autonomes, rendant la réunification plus illusoire que jamais.
Édouard ADODÉ












