Au Bénin, la lutte contre la corruption ressemble de plus en plus à un duel acharné entre une volonté politique de fer et des habitudes sociales solidement ancrées. Depuis quelques années, l’arsenal déployé par l’État est impressionnant, marqué par une modernisation sans précédent de l’administration. La digitalisation des services publics a considérablement réduit le contact humain, ce terreau fertile aux pots-de-vin, tandis que des institutions robustes comme la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET) ont instauré une culture de la redevabilité. L’opérationnalisation de la Cour des comptes et la naissance du Haut Commissariat à la Prévention de la Corruption témoignent d’une volonté de professionnaliser l’intégrité. Pourtant, malgré cette artillerie juridique et technologique, le mal persiste sous des formes plus insidieuses.
Cette résistance s’explique par le fait que la corruption au Bénin n’est pas qu’une faille administrative, elle est un phénomène de mœurs. Si les réformes ont verrouillé les portes du système, elles se heurtent encore à une mentalité où le détournement est parfois perçu comme une habilité et la probité comme une faiblesse. Conscient de ce rempart sociologique, Maître Jacques Migan et sa troupe se battent comme des démons dans un bénitier pour déconstruire ces réflexes archaïques. À travers une multiplication de séances de sensibilisation et d’éducation civique à l’endroit de diverses couches de la population, le Haut Commissariat tente d’insuffler un nouveau paradigme moral. L’enjeu dépasse désormais le cadre législatif pour devenir un défi éducatif, il s’agit de transformer chaque citoyen en gardien de la fortune publique.
La victoire finale ne se jouera pas seulement dans les salles d’audience ou derrière les serveurs informatiques, mais dans la capacité de la société béninoise à ériger l’éthique en vertu cardinale. Pour que les efforts du gouvernement portent leurs fruits de manière durable, il faut que l’honnêteté redevienne la norme et que la corruption soit enfin perçue comme un acte socialement infamant plutôt qu’un risque calculé. En investissant le terrain de l’humain par le dialogue et l’enseignement, les nouvelles instances de régulation espèrent ainsi assécher la source d’un mal qui a trop longtemps freiné l’essor de la nation.
Édouard ADODÉ












