Le mercredi 25 mars 2026, l’Organisation des Nations Unies (Onu) a voté une résolution historique qui définit l’esclavage et la traite négrière comme un « pire crime contre l’humanité ». Mais, chose curieuse et surprenante, le Bénin qui a joué un rôle mémorable dans ce crime était absent lors de ce vote. Face aux incompréhensions suscitées par cette absence, le ministre des affaires étrangères du Bénin, Olushegun Adjadi Bakari est monté au créneau pour clarifier. Il évoque un dysfonctionnement administratif dû à la campagne électorale en cours au Bénin pour justifier cette fausse note de la diplomatie béninoise à la fin du pouvoir de Patrice Talon.
« L’absence de la délégation béninoise lors du vote du 25 mars est due à un dysfonctionnement administratif interne, intervenu dans un contexte particulier marqué par la période électorale et mon absence de Cotonou, ce qui n’a pas permis d’instruire conséquemment notre ambassadeur. Autrement il aurait pris part au vote et exprimé notre adhésion formelle à la résolution. Cet incident ne reflète donc en aucun cas la position du Bénin sur le fond ». C’est le motif avancé par le ministre des affaires étrangères pour justifier cette absence. L’autorité ministérielle est allée plus loin dans sa déclaration de presse du 30 mars 2026 à Cotonou en rappelant que « le Bénin est co-sponsor de cette résolution depuis le 17 mars 2026. Cet engagement formel, pris plusieurs jours avant le vote, témoigne sans ambiguïté de la position de principe du Bénin. Il ne souffre d’aucune interprétation contraire ». Le ministre Bakari a également rappelé que l’engagement du Bénin à cette cause n’est pas seulement formelle mais se traduit depuis fort longtemps par des actes concrets dont entre autres, « l’adoption en juillet 2024 de la loi accordant la nationalité béninoise aux personnes d’ascendance africaine, la préservation et la valorisation des lieux de mémoire de la traite négrière sur son territoire, dont la Porte du Non-Retour à Ouidah, et son engagement constant dans toutes les enceintes multilatérales sur ces questions ».
Ainsi, le motif avancé par le ministre semble se justifier surtout qu’il est bien remarqué aux côtés de son collège, Romuald Wadagni, candidat à l’élection présidentielle du 12 avril, qui sillonne plusieurs localités du nord Bénin depuis le lancement de la campagne électorale. Il est donc bien évident que loin de Cotonou, le ministre Olushegun Adjadi Bakari, n’étant pas doté du don d’ubiquité, soit déconnecté des dossiers qui sont sur son bureau.
Toutefois, le justificatif paraît aussi simple et banal au regard de l’importance du sujet pour l’Afrique noire et les afro-descendants, ainsi qu’au regard du rôle combien crucial que le Bénin a eu à jouer dans ce crime contre l’humanité. Dans un Bénin digitalisé, il est difficile de croire que le déplacement physique du ministre pour cause de campagne puisse justifier une absence si assourdissante. C’est à croire que tout le cabinet du ministre est emballé dans la ferveur de la campagne de sorte à entraîner la suspension de l’administration. Alors, cette absence est une fausse note de fin du pouvoir de la rupture caractérisé par la rigueur dans l’administration.
Certes, il est annoncé que « dès le 27 mars, une notification officielle d’intention de vote favorable a été transmise au Secrétariat de l’Assemblée générale des Nations Unies. Elle est inscrite au procès-verbal officiel de la séance et établit formellement la position favorable du Bénin ». Toutefois, cette absence restera comme une tâche d’huile historique sur la diplomatie béninoise sous Patrice Talon.
Edouard ADODE











