Selon l’article 28 du règlement intérieur de Sénat béninois, les plénières de l’institution se déroulent à huis clos. Ce principe est une particularité du Sénat contrairement à l’Assemblée nationale dont les séances sont publiques. Ce principe suscite assez d’interrogation en ce qui concerne sa pertinence et son impact sur les résolutions de l’institution. Ainsi, bien qu’il pourrait être un moyen pour préserver la cohésion et l’unité nationales, il pourrait être un piège ou un moyen de caporalisation de l’institution par son bureau et principalement par son président contre tout esprit démocratique.
Par la décision DCC 26-006 du 3 août 2026, la Cour constitutionnelle valide le Règlement intérieur du Sénat. Ce qui ouvre pleinement le fonctionnement de cette nouvelle institution présidée par l’ancien chef d’État, Patrice Talon avec à ses côtés l’ancien président de l’Assemblée nationale, Louis Vlavonou au poste de vice-président et l’ancien ministre de l’intérieur, Alassane Séidou comme rapporteur. À travers ce règlement intérieur, les règles du fonctionnement du Sénat est bien défini et son champ d’intervention plus précis. De sa composition au mode de remplacement de ses membres en passant par ses différentes attributions, rien n’est occulté dans cette loi organique. Mais, l’article 28 de ce règlement intérieur pourrait ouvrir la porte à des dérives autoritaires puisque faisant du Sénat un couvent qui n’est accessible qu’aux seuls initiés.
D’un côté, cette disposition offre un cadre propice à un débat républicain approfondi et débarrassé de toute surenchère politicienne. Eu égard au profil éminent des membres qui composent cette haute chambre — souvent d’anciens chefs d’État et de figures politiques d’envergure —, la confidentialité garantit une liberté de parole totale. Elle préserve les délibérations des passions de la rue, des dérives populistes et du spectacle médiatique. Dans des contextes nationaux sensibles où chaque mot prononcé par une haute personnalité peut enflammer l’opinion publique ou fragiliser la paix sociale, la discrétion des travaux devient le rempart nécessaire pour aborder sans tabou les questions stratégiques et sécuritaires majeures, garantissant ainsi la cohésion et l’unité de la nation.
Cependant, ce choix procédural comporte un risque démocratique non négligeable en ouvrant la voie à une potentielle caporalisation de l’institution. En fermant les portes des plénières au public et aux médias, le Sénat crée un huis clos opaque qui peut favoriser le diktat de son président et d’un bureau fonctionnant en parfaite symbiose. L’inquiétude devient majeure lorsque l’on s’interroge sur le mécanisme de restitution des débats. Si le compte rendu officiel rédigé sous la supervision du bureau déforme ou omet la réalité des résolutions prises à bulletin secret ou lors de vifs échanges, les sénateurs contestataires se retrouveront piégés. Soumis à une stricte obligation de réserve, comment ces derniers pourront-ils dénoncer publiquement un rapport trahissant la volonté de la majorité sans violer leur propre règlement intérieur ?
C’est précisément dans cette contradiction que réside toute l’ambiguïté de la mesure. Si l’esprit originel du texte vise manifestement la protection de l’intérêt supérieur de l’État et la sérénité des échanges, sa mise en œuvre pratique expose le Sénat au piège d’une confiscation du pouvoir consultatif ou législatif par son sommet. En définitive, cette opacité institutionnelle, censée être le garant de la cohésion nationale, pourrait paradoxalement éroder la confiance du peuple envers ses dirigeants et transformer une instance de sagesse en une chambre d’enregistrement hermétique.
Edouard ADODÉ


