DÉCENTRALISATION À L’ÈRE DES PÔLES ÉCONOMIQUES : Que reste-t-il de l’Ancb pour Luc Gnancadja ?
Le 2 octobre dernier, le ministre de la décentralisation et de la gouvernance locale a procédé à l’installation du nouveau bureau de l’Association Nationale des Communes du Bénin (Ancb). Ce nouveau bureau est présidé par le maire de Cotonou, Luc Gnancadja. Ainsi, s’ouvre à la tête de l’Ancb une nouvelle ère. Une ère qui diffère fondamentalement des autres avec la création de nouvelles institutions dédiées pratiquement à la même mission que celle de l’Ancb. Ainsi, face aux pôles de développement économique voulus par le chef de l’État, Romuald Wadagni, l’Ancb semble être vidé de l’essentiel.
L’installation du nouveau bureau de l’Association Nationale des Communes du Bénin marque un tournant pour la gouvernance locale. Historiquement investie d’une mission de défense et de promotion de la décentralisation, la structure fait désormais face à une reconfiguration majeure du paysage institutionnel béninois. L’avènement des pôles de développement économique vient en effet redéfinir les équilibres traditionnels en prenant une place prépondérante dans la dynamisation des territoires, rognant sur des prérogatives autrefois dévolues à la faîtière des communes.
Alors que l’organisation portée par le maire de Cotonou conserve une vocation naturelle d’échange de bonnes pratiques, de plaidoyer et d’intercommunalité, son rôle moteur dans la recherche de partenariats financiers et stratégiques est directement concurrencé. Les nouveaux pôles économiques bénéficient en effet d’une impulsion politique déterminante et d’un soutien direct du chef de l’État. Forts de cette proximité avec le pouvoir central et d’un mandat ciblé sur la création de richesses, les délégués généraux de ces pôles disposent de leviers d’action particulièrement attractifs pour capter les investisseurs et canaliser la coopération internationale.
Cette nouvelle donne risque de reléguer l’association municipale au second plan dans un domaine où elle s’illustrait jusqu’ici en décrochant des accords précieux au bénéfice des municipalités. Pour maintenir sa pertinence, la présidence de Luc Gnancadja devra faire preuve d’inventivité pour réinventer la valeur ajoutée de la faîtière locale face à des entités étatiques dotées d’une réactivité supérieure. Il s’agira pour la nouvelle équipe de prouver qu’elle demeure un interlocuteur incontournable, capable de transformer la rivalité potentielle avec les pôles économiques en une complémentarité stratégique au service des collectivités.
Edouard ADODÉ

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