Dans certaines cultures béninoises, il est exigé de toute femme qui doit aller en mariage de couler des larmes le jour où elle fait ses aux revoir à ses parents. Il ne s’agit pas de larmes de crocodile encore moins d’un refus d’aller goûter au bonheur de mariage. Mais ces pleurs de la nouvelle mariée sont bien symboliques. Au-delà de l’expression de l’attachement de la jeune fille à sa famille, ces larmes sont le symbole du cortège inconnu de douleurs qui se cache sous le bonheur de tout mariage. C’est une préparation de la conscience de la nouvelle mariée à toute sorte de peine qu’elle pourrait rencontrer dans ce voyage vers l’inconnu. Ces pleurs sont semblables à ceux du nouveau-né qui contrastent avec la joie du cercle de la famille qui applaudit à grand cri.
Par ces larmes traditionnelles, la nouvelle mariée prépare son mental à affronter vaillamment tous les défis liés à la vie à deux. Ainsi, elle n’entre pas dans le mariage avec l’illusion d’une vie toute rose sans épine. Elle y entre plutôt avec un mental de guerrière qui n’abandonne pas à la première difficulté. Elle part ainsi conquérante sans se leurrer par le bonheur que procure la volupté des premières nuits qu’elle passera entrelacée dans les bras de son prince charmant. Elle ne se laisse pas embrouillée par les fantasmes que promettent les nuits chaudes arrosées d’éclats de rires et au cours desquelles les corps n’arrivent plus à retenir tout leur liquide précieux.
Mais aujourd’hui, l’amour est pour plupart du temps truqué au miel comme le font certaines mères pour faire avaler la nivaquine à leur gosse. Ainsi, puisque les mariages sont souvent axés sur un amour truqué au miel, ils s’écroulent facilement comme un château de cartes face à la moindre difficulté. Il s’agit des mariages qui naissent au détour d’un chill qui se termine par une partie de jambes en l’air sous l’effet de l’alcool. Nombreuses sont les filles qui tombent dans le mariage sous la pression des friandises et de sorties nocturnes de purs plaisirs charnels. D’autres amours sont truquées par des illusions et des mensonges cachés sous les démarches princières des jours de la bénédiction nuptiale mais qui se font rattraper très vite par la vérité et la réalité de la vie à deux. Alors, pour échapper à cette réalité atroce et dure quand les masques tombent, les enfants issus de ces relations deviennent des spectateurs de parties infinies de bagarres entre deux personnes qui ont confondu le plaisir des sens à l’amour. Beaucoup d’amours sont truquées par des pratiques occultes pour apprivoiser le cœur de l’autre. Par conséquent, dès que les liens mystiques qui ont aidé à voiler la raison et le sens de l’observation chez la victime de cet amour truqué se relâchent, le vrai amour perdu refait surface dans son cœur avec des regrets infinis.
Alors, quand l’amour truqué se révèle au grand jour, le travail des conseillers conjugaux les plus expérimentés devient vain pour consolider le couple. Quand s’expire l’effet de tout amour truqué, aucune menace, encore moins la multiplication des réunions familiales ne peuvent sauver les meubles. Pire, quand l’amour truqué s’éteint, la victime à défaut de sortir de la relation par la porte du divorce peut même opter pour le crime pour se débarrasser définitivement de son bourreau.
Il est donc bénéfique pour chacun de laisser l’amour germer, fleurir, s’orienter et mûrir sans aucune pression visant à détourner sa trajectoire. Ainsi, les peines qui en découleraient sont plus douces et son bonheur dure à jamais.
Edouard ADODE












