Pour un bon suivi de la grossesse et du fœtus, les consultations prénatales et les bilans sont essentiels. Pourtant, dans le contexte africain, ces actes restent encore trop souvent négligés. Pour mieux comprendre leur importance, le desk santé du média Le Grand Regard s’est rapproché du professeur Salifou Kabibou, gynécologue-obstétricien et chef du service de gynécologie au Centre Hospitalier Universitaire et Départemental du Borgou-Alibori (Chud-Ba) qui éclaire sur le sujet. Lisez plutôt.
Edwige MONNOU
LGR : C’est quoi la consultation prénatale (Cpn) ?
Prof Kabibou Salifou : La consultation prénatale est un processus au cours duquel des soins curatifs, préventifs et promotionnels sont apportés à la femme enceinte. Elle vise à garantir que la mère et le fœtus traversent la grossesse dans de bonnes conditions et arrivent à terme en bonne santé.
Avant, on demandait seulement 4 consultations prénatales, mais aujourd’hui ce n’est plus suffisant. On recommande désormais 8 consultations, soit une consultation par mois.
LGR : Pourquoi la consultation prénatale est-elle importante ?
Prof Kabibou Salifou : La consultation prénatale est très importante, car elle permet de suivre l’évolution de la grossesse, d’observer le développement de l’enfant et de s’assurer que l’environnement dans lequel évolue la femme enceinte est favorable.
Elle permet surtout de détecter précocement les anomalies ou complications pouvant entraver le bon déroulement de la grossesse, et de donner des conseils adaptés à chaque femme enceinte afin d’optimiser les conditions de la grossesse.
LGR : Quand faut-il débuter la Cpn ?
Prof Kabibou Salifou : La consultation prénatale doit commencer dès les premiers mois de la grossesse. L’idéal est de débuter avant 15 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire avant 3 mois de grossesse.
LGR : Quels sont les différents bilans demandés aux femmes enceintes ?
Prof Kabibou Salifou : Les bilans varient d’une femme à une autre, en fonction de son état de santé et du contexte de la grossesse.Tout d’abord, certains examens permettent de confirmer l’existence de la grossesse, comme le test biologique de grossesse (test urinaire ou test sanguin).
Ensuite, l’échographie obstétricale permet de vérifier que la grossesse est bien située dans l’utérus, de dater la grossesse et d’évaluer le développement du fœtus. Il y a aussi des examens pour rechercher certaines maladies qui peuvent nuire à la grossesse. Il s’agit notamment du dépistage de la syphilis ; du Virus Immunodéficience Humaine (Vih) ; de la rubéole, qui peut provoquer des malformations chez le fœtus ; de la toxoplasmose, une infection parasitaire pouvant provoquer des infections congénitales.
Les examens urinaires, réalisés presque chaque mois, permettent de dépister une infection urinaire ou une hypertension artérielle sur grossesse. Un examen très important est le groupage sanguin et rhésus, car la grossesse expose la femme à des complications comme l’anémie ou les hémorragies. Connaître le groupe sanguin permet de réagir rapidement en cas de besoin de transfusion.
Malheureusement, beaucoup de femmes ne mesurent pas le danger qu’elles courent en négligeant cet examen. La Numération Formule Sanguine (Nfs) est également essentielle pour évaluer la quantité d’hémoglobine dans l’organisme.
On constate que beaucoup de femmes enceintes présentent une carence en fer, ce qui nécessite une supplémentation en fer et en acide folique. Les tests de dépistage de l’hépatite B et C sont aussi importants afin de prendre des mesures dès la naissance si la mère est porteuse du virus, notamment pour protéger l’enfant.
En Afrique, et surtout au Bénin, ces examens constituent les bilans de base, car ils sont les plus accessibles financièrement. Dans certains pays, on peut faire des examens plus avancés, comme l’amniocentèse, qui permet de rechercher certaines maladies génétiques chez le bébé, et même cela peut être demandé si la femme a un peu de moyens financiers
D’autres bilans peuvent être demandés selon le contexte. Par exemple, si la femme enceinte fait le paludisme, un test est réalisé pour la traiter rapidement.
LGR : Pouvez-vous nous parler des soins promotionnels pendant la grossesse ?
Prof Kabibou Salifou : Les soins promotionnels regroupent toutes les mesures visant à prévenir les maladies et à améliorer le bien-être de la femme enceinte. Il s’agit par exemple de dormir sous une moustiquaire imprégnée, avoir une alimentation équilibrée, éviter les vêtements trop serrés, ne pas porter de talons hauts, adopter une bonne hygiène de vie.
LGR : Quel appel avez-vous à lancer aux femmes enceintes ?
Prof Kabibou Salifou : En Afrique, et particulièrement à Parakou, beaucoup de femmes négligent les bilans prénatals, surtout le groupage sanguin rhésus. Peut-être par manque de moyens, par peur ou par négligence.Pourtant, aujourd’hui, même des maladies comme le VIH peuvent être correctement prises en charge. Il ne faut donc pas avoir peur.
Ne pas faire les examens peut mettre en danger la grossesse et la vie du bébé. Les femmes doivent également respecter les rendez-vous de consultation prénatale.
La Cpn doit commencer dès le premier trimestre et être suivie régulièrement. Ces consultations permettent un suivi clinique régulier, mais certaines maladies ne donnent pas de signes visibles. Elles ne peuvent être découvertes que grâce aux examens, d’où l’importance de les réaliser.
LGR : Que fait l’État pour aider les femmes à réaliser ces bilans ?
Prof Kabibou Salifou : Les autorités sanitaires ont œuvré pour réduire au minimum le coût des bilans essentiels, en tenant compte des ressources limitées des femmes enceintes. Les examens demandés ont été réduits au groupage sanguin et rhésus, Nfs, syphilis (TPHA/VDRL), Vih, l’hépatite B et C, ainsi que l’échographie, afin de permettre aux femmes de pouvoir les faire.
Les frais des consultations prénatales ont aussi été réduits pour encourager les femmes enceintes à se faire suivre régulièrement dans les centres de santé.
LGR : Quel est votre mot de fin ?
Prof Kabibou Salifou : J’invite toutes les femmes enceintes à venir régulièrement aux consultations prénatales et à réaliser tous les bilans demandés par les agents de santé afin d’assurer une grossesse et un accouchement sans complications.
Entretien réalisé et transcrit par Edwige MONNOU












