Le quotidien des Béninois est souvent rythmé par des faits qui sortent de l’ordinaire. Ainsi, certains phénomènes se produisent et suscitent des interrogations dans les esprits des non initiés. L’un de ces phénomènes qui retiennent les attentions est le tabou qui entoure les gifles administrées aux adeptes de certaines divinités. Dans plusieurs aires culturelles du Bénin, l’une des interdictions faites aux adeptes de certaines divinités et qui engage leur entourage est de ne jamais leur donner un soufflet. Au cas échéant, l’auteur de la violation d’une telle interdiction est astreint à payer un tribut en guise de sanction et pour des rituels en vue de conjurer le mauvais sort causé par cette violation.
D’ailleurs, avant d’arriver à l’étape de la sanction et des rituels, dès que la gifle est administrée à l’adepte, ce dernier entre en transe avec des cris accompagnés parfois de gestes violents qui alertent ses frères de couvents. Ces derniers accourent sur les lieux pour identifier le coupable et le maîtriser avant que la sentence ne soit dite par les hauts dignitaires de la divinité offensée. Ailleurs, l’adepte peut disparaître dans la nature pendant plusieurs jours avant d’être retrouvé vivant dans un cours d’eau après des libations, des sacrifices et des supplications du coupable et sa famille.
Selon la tradition, si les rituels ne sont pas exécutés, l’adepte disparu pourrait ne plus revenir. Ce qui ouvrirait la porte des malheurs sur le coupable et sa famille jusqu’à ce qu’il y ait lieu de faire ne soit fait. La composition du tribut diffère selon les exigences de chaque divinité dont la victime est adepte. Cette divinité fait savoir ‘’sa volonté’’ par l’oracle. Ces rituels sont souvent très onéreux selon le niveau social de chaque coupable.
Mais, dans certains cas, la gifle administrée à ces adeptes ne produit pas cet effet escompté. Le Bénin étant un pays où la vindicte populaire continue d’être observée par moment, lorsqu’un adepte est pris un fragrant délit de vol ou d’adultère, il essuie des paires de gifles tout en restant lucide pour implorer le pardon de la foule. Lors des deux guerres mondiales, des administrateurs coloniaux de l’époque ont violé des couvents de ces divinités et leurs adeptes capturés pour être enrôlés en tant que tirailleurs en vue d’aller défendre la mère-patrie. Parmi ces adeptes, ceux qui ont voulu manifester la transe pour ne pas obtempérer aux consignes des commandants blancs, ont été simplement ramenés à la réalité par des fouets et des gifles incomptables qui arrachaient de force l’humain de la main de la divinité. De même, de nos jours, ils sont nombreux ces adeptes en aventure dans d’autres contrées et qui subissent la violation de cette interdiction de la part de leurs compatriotes et de la part des autres sans que rien ne se passe.
Alors, ne s’agit-il pas d’une mise en scène bien maîtrisée par ces adeptes depuis leur initiation au couvent ? Face à ces exceptions qui sont de plus en plus légion, plusieurs sont tentés de croire qu’il s’agit d’un moyen trouvé par nos ancêtres à une époque pour exiger un peu de respect à ces personnes qui ont été initiées à certaines connaissances qui ne courent pas les rues. Mais dans un contexte de justice moderne, la perpétuation de cette tradition pourrait devenir un sérieux problème social et les adeptes concernés pourraient être tenus de ne vivre que dans leur espace où cette tradition est acceptée de tous de peur de s’exposer à des violences inutiles pas curiosité des autres.
Edouard ADODE












