Depuis la proclamation des résultats définitifs de l’élection présidentielle du 12 avril dernier par la Cour Constitutionnelle, des félicitations s’enchaînent à l’endroit du nouveau président élu, Romuald Wadagni. L’ancien président Boni Yayi n’est pas resté en marge de ce mouvement. Ainsi, malgré son indifférence face à cette élection présidentielle, il ne s’est pas empêché de poser cet acte républicain attendu de tout citoyen. A travers sa lettre de félicitations, l’ancien président du parti Les Démocrates a opté pour un ton plus modéré qui contraste avec le style d’opposant qu’il a toujours affiché.
Après un moment de silence politique suite à sa démission de son parti Les Démocrates dont il assumait la présidence, Boni Yayi a donné de la voix. Cette fois-ci, l’ancien président semble afficher une nouvelle posture, celle qu’exige le vent qui souffle sur l’arène politique béninoise depuis la mise en œuvre de la réforme du système partisan au Bénin. Boni Yayi semble tourner dos à sa posture d’opposant radical qui contestait tout sur son chemin. Le ton n’est plus celui qui peignait en noir le pouvoir de Patrice Talon. Même les éléments de langage ont considérablement évolué prenant en compte le prisme de lecture du pouvoir en place.
Ainsi, dans ses mots de félicitations à l’endroit du nouveau président élu Romuald Wadagni, Boni Yayi se montre plus paternel et républicain. « Je tiens à vous adresser mes félicitations paternelles et républicaines pour votre élection à la magistrature suprême de notre pays», lit-on dans sa lettre. Dans cette lettre, aucune allusion n’a été faite aux conditions d’organisation de cette élection qui a été longtemps l’objet de la lutte de Boni Yayi et son ancien parti Les Démocrates. Il a plutôt préféré attirer l’attention du président Romuald Wadagni sur les attentes du peuple celles «de rassembler toutes les forces vives de la Nation, de rétablir la confiance dans nos institutions et de garantir à chaque Béninoise et à chaque Béninois sa pleine place dans la communauté nationale».
De même, Boni Yayi semble avoir compris que pour l’aboutissement de son combat en faveur de Reckya Madougou, Joël Aïvo, Valentin Djènontin, Komi Koutché et autres qu’il est important de changer de langage. Ainsi, les vocables »exilés politiques » et »prisonniers politiques » ont disparus du discours de Boni Yayi. Il a préféré former «le vœu que des mesures appropriées puissent être envisagées afin de favoriser le retour de tous les fils et filles du pays, ainsi que la libération des personnes détenues dans un contexte politique…». Une simple formulation qui pourrait faire avancer les choses puisqu’elle entre dans la vision du pouvoir en place qui ne reconnaît pas qu’il y ait des exilés politiques béninois encore moins des prisonniers politiques au Bénin. D’ailleurs, cette simple divergence sur les terminologies rendait impossible le compromis tant recherché pour soulager la peine de ces personnalités politiques qui vivent l’enfer depuis plusieurs années loin de leur pays pour certains ou en prison pour d’autres.
Alors, ce changement de registre augure d’un pas de l’ancien président vers la nouvelle institution créée pour rassembler les anciens présidents du Bénin et d’autres personnalités politiques pour des compromis loin de tout clivage.
Édouard ADODÉ











