ÉDITORIAL, Le cri du pétrole…
L’annonce de l’exploitation imminente des ressources pétrolières au Bénin suscite un immense souffle de soulagement à travers tout le pays. Alors que les premières livraisons s’apprêtent à déverser des milliers de barils de brut sur le marché mondial, cette perspective insuffle un regain d’espoir économique tangible. L’effectivité de cette manne énergétique promet en effet d’accélérer la croissance nationale et d’offrir une respiration bienvenue à des finances publiques sous tension.
Pour les ménages et les acteurs économiques locaux, pris depuis plusieurs années dans l’étau d’une fiscalité étouffante qui asphyxie plus d’un citoyen, l’arrivée de ces nouvelles recettes budgétaires laisse espérer un allègement de la pression fiscale et un réinvestissement massif dans les services collectifs.
Cette aventure pétrolière n’est pourtant pas une première pour le Bénin, qui a déjà connu une période d’extraction d’hydrocarbures par le passé, notamment à travers le gisement de Sèmè. Toutefois, si l’excitation actuelle est légitime, ce cri de soulagement ne doit pas se transformer en l’ouverture d’une boîte de Pandore. L’histoire de nombreux pays producteurs d’Afrique et d’ailleurs rappelle combien l’or noir peut rapidement se changer en malédiction avec la corruption systémique, volatilité des prix, négligence des autres secteurs porteurs comme l’agriculture, et tensions sociopolitiques autour de la répartition de la rente.
Pour éviter que l’enthousiasme ne vire au cauchemar institutionnel, la rigueur, la transparence dans la gestion des flux financiers et une vision stratégique à long terme devront impérativement guider l’usage de cette ressource. Le pétrole béninois doit servir de levier de développement durable, et non de carburant pour de nouvelles crises.
Édouard ADODÉ

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