ANNONCE DE DÉGUERPISSEMENT À TOGBIN DAHO ET À AKOGBATO, Romuald Wadagni face à sa première épreuve de cœur . Sauver la nature ou céder aux cris de détresse ?
Au nom de la préservation de certaines ressources naturelles et dans l’objectif de mettre fin aux inondations cycliques à Cotonou, les occupants de certaines zones marécageuses de la capitale économique du Bénin et de la ville de Ouidah sont sommés de libérer les lieux qu’ils occupent. Cette annonce suscite naturellement de grands cris de détresse dans les rangs des populations concernées à Togbin Daho tout comme à Akogbato. Des voix s’élèvent pour appeler le Chef de l’État, Romuald Wadagni au secours, tandis que l’urgence de sauver la nature et de sortir Cotonou du cycle infernal de l’inondation par la libération des passages naturels de l’eau devient aussi pressante.
L’équation est particulièrement délicate pour l’exécutif. D’un côté, la résilience climatique de Cotonou et de ses environs immédiats ne souffre plus d’aucun compromis. Les constructions anarchiques érigées au mépris des servitudes hydrauliques étouffent le réseau hydrographique, transformant chaque saison des pluies en cauchemar pour l’ensemble des citadins. De l’autre côté, ces quartiers abritent des populations vulnérables qui ont investi leurs économies de toute une vie dans l’acquisition de parcelles et la construction de logements, souvent par défaut de régulation foncière rigoureuse par le passé. Expulser ces ménages sans une planification rigoureuse équivaut à manipuler une véritable bombe à retardement, car le déplacement de populations précaires sans solutions pérennes d’habitat de substitution engendre immanquablement une aggravation de la pauvreté et des tensions sociales majeures.
Certes, l’État béninois ne pourra réussir cette opération de grande envergure sans un dispositif d’accompagnement humanitaire et logistique préalable. Relogement transitoire, appuis financiers ciblés et sécurisation foncière en zones non inondables devront impérativement encadrer la phase de déguerpissement pour atténuer le choc. Toutefois, quelles que soient l’envergure et la générosité de ces mesures d’accompagnement, la pilule restera amère pour les occupants actuels qui crient au secours et vivent cette mesure comme une injustice suprême. La réaction du Chef de l’État face à ces appels déchirants demeure déterminante pour la crédibilité et l’efficacité de l’action publique, car la conduite des politiques de développement d’envergure draine toujours son lot de mécontentements et de sacrifices.
À cet égard, céder par pure empathie aux cris de détresse immédiats de ces communautés pourrait facilement faire basculer l’administration dans une gouvernance de complaisance, sacrifiant l’intérêt général et la pérennité environnementale des générations futures sur l’autel de la paix sociale apparente. Romuald Wadagni doit donc naviguer avec un sens aigu de la responsabilité entre la rigueur de l’État de droit écologique et l’impératif de la justice sociale, conscient que chaque décision portera les stigmates d’un choix difficile entre la préservation de la nature et le soulagement des populations en détresse.
Edouard ADODÉ

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