Le Président Xi Jinping a annoncé que dès le 1er mai 2026, les droits de douanes seront supprimés sur les importations de 53 pays africains en Chine. Cette décision forte et hautement stratégique ne sera pas sans implications sur les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique. Pour mieux apprécier les implications de cette mesure de la Chine, votre média Le Grand Regard s’est rapproché de l’économiste Dr. Aimé Kocou Dadégnon. Ainsi, à travers un entretien exclusif, l’économiste livre son analyse sur les tenants et aboutissants de cette décision de Xi Jinping tout en attirant les attentions sur des pièges éventuels. Lisez-plutôt.
La Rédaction
LGR : Que peut-on comprendre par cet acte de la Chine envers les pays africains ?
Dr. Dadégnon : Dans un environnement économique mondial marqué par des guerres commerciales, des sanctions par ici et des restrictions par-là, la Chine a choisi de se rapprocher de ses consommateurs et fournisseurs.
Cette décision de suppression des droits de douanes sur les importations provenant de l’Afrique s’inscrit dans une logique géopolitique et géoéconomique claire : renforcement davantage son hégémonie sur l’Afrique. En supprimant les droits de douane sur les importations africaines, elle envoie un triple signal :
- Un signal diplomatique : consolidation du partenariat stratégique sino-africain ;
- Un signal économique : sécurisation de ses approvisionnements en matières premières ;
- Un signal politique international : affirmation de son leadership dans le Sud global.
Il ne faut pas voir cet acte comme un fait isolé. Il s’inscrit dans la continuité des engagements pris dans le cadre du forum Chine-Afrique et dans la stratégie globale des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative).
LGR : Quels impacts cette décision pourrait avoir sur les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ?
Dr. Dadégnon : Les impacts pourraient être significatifs, mais dépendront de la capacité productive africaine. Sinon, théoriquement, cette décision de la Chine devrait entraîner une :
- Augmentation des exportations africaines vers la Chine ;
- Amélioration potentielle des balances commerciales de certains pays ;
- Intensification des flux commerciaux bilatéraux ;
Cependant, il faut rester prudent. La structure des exportations africaines vers la Chine est dominée par le pétrole brut, les minerais, le bois, les produits agricoles primaires, etc. Si la structure productive ne se diversifie pas, la mesure renforcera surtout l’exportation de ses produits primaires, sans véritable transformation structurelle.
Les pays africains ont donc intérêt de profiter de cette aubaine en diversifiant leur production et surtout, en proposant à la Chine les biens et services dans lesquels il a de désavantage comparatif.
LGR : S’agit-il de la philanthropie ou d’une stratégie concurrentielle ?
Dr. Dadégnon : Il ne s’agit pas de philanthropie. Il n’y a pas de philanthropie au sens propre du mot en relation internationale et en diplomatie économique.
Cette initiative relève d’une stratégie d’influence et de positionnement concurrentiel, notamment face à l’Union européenne, aux États-Unis, à l’Inde, à la Turquie qui tentent aussi vaille que vaille de posséder l’Afrique.
En supprimant les droits de douane, la Chine rend son marché plus attractif que celui des partenaires occidentaux. Elle consolide sa position comme partenaire privilégié et renforce sa dépendance réciproque avec l’Afrique.
C’est une stratégie de long terme visant à ancrer l’Afrique dans sa sphère économique.
LGR : Quels pièges peuvent être cachés derrière cette décision ?
Dr. Dadégnon : Cette décision cache plusieurs pièges à moyen et à long terme.
Premièrement, cette mesure peut conforter l’Afrique dans une position d’exportateur de matières premières ; ce qui est profondément préjudiciable à son développement. En effet, la mesure risque de conduire l’Afrique dans une désindustrialisation indirecte. C’est-à-dire que l’Afrique risque d’exporter toutes ses matières premières sans transformation et d’importer massivement des produits manufacturés chinois sans développer ses propres industries.
Deuxièmement, la mesure est comme un aimant qui attirera la quasi-totalité des exportations africaines. Alors qu’une trop forte concentration vers le marché chinois augmente la vulnérabilité des pays africains aux chocs externes et principalement Chinois. Autrement dit, l’Afrique sera dépendante de la Chine et vacillera quand la Chine sera en difficulté.
LGR : Un mot pour conclure
Dr. Dadégnon : Cette décision est une opportunité stratégique, mais elle n’est pas une solution miracle.
L’histoire économique montre que les préférences commerciales ne produisent des effets durables que si les pays bénéficiaires disposent d’une base productive solide, d’une politique industrielle cohérente et d’une vision stratégique de long terme.
La question essentielle que cette décision soulève est de savoir si l’Afrique est prête à produire, transformer et exporter compétitivement vers la Chine.C’est là que se joue l’avenir économique du continent.
Entretien réalisé par Le Grand Regard












