Longtemps réduite à un simple défaut d’hygiène, la mauvaise haleine ou halitose demeure un sujet sensible, souvent entouré de jugements hâtifs. Pourtant, derrière ce trouble en apparence banal peuvent se cacher des causes multiples, parfois médicales. Mieux comprendre l’halitose permet d’adopter les bons réflexes et d’éviter les idées reçues.
Edwige MONNOU
La mauvaise haleine, encore appelée halitose, correspond à l’émission d’odeurs malodorantes provenant de la cavité buccale et parfois des narines, explique le Dr. Gaston Sakponou, chirurgien-dentiste et spécialiste en santé publique. Un trouble fréquent, mais dont les origines restent mal comprises, exposant souvent les personnes concernées à une stigmatisation assimilée à de la négligence.
Des causes souvent réduites à l’hygiène
Dans l’opinion courante, la mauvaise haleine est presque systématiquement associée à un défaut d’hygiène bucco-dentaire.
Pour Mariano Akotenou, citoyen vivant à Parakou, telle relèverait d’une négligence personnelle. « C’est d’abord une négligence en soi, le fait de ne pas se laver constamment et de ne pas bien brosser les dents », affirme-t-il. Dans le même sens, Mikhaël Gbeholo, étudiant à l’Université de Parakou, met l’accent sur la technique de brossage. « Parfois, on pense se brosser les dents, mais on ne le fait pas correctement. Quelqu’un qui respecte la bonne technique ne devrait pas avoir une mauvaise haleine », pense-t-il. Si ces avis ne sont pas totalement faux, ils ne reflètent qu’une partie de la réalité.
Une réalité médicale plus complexe
Selon Dr. Gaston Sakponou, environ 80 % des cas de mauvaise haleine sont effectivement d’origine buccale. Ils sont liés à des affections telles que les caries dentaires, les maladies des gencives, les desmodontites ou d’autres infections de la bouche, généralement dues à une hygiène bucco-dentaire insuffisante.
Cependant, il insiste sur le fait que les causes ne sont pas exclusivement buccales. « En dehors de la bouche, plusieurs origines sont possibles : les causes ORL, notamment la sinusite ; les causes digestives, en particulier les troubles digestifs et le reflux gastro-œsophagien ; les maladies systémiques telles que le diabète, l’insuffisance rénale ou les maladies du foie.» a-t-il expliqué.
Il recommande ainsi d’éviter de conclure trop rapidement qu’une personne souffrant de mauvaise haleine est négligente ou ne se brosse pas les dents.
Deux formes distinctes de l’halitose
Le praticien attire également l’attention sur une distinction importante, celle entre la mauvaise haleine temporaire et la mauvaise haleine chronique. La forme temporaire peut durer jusqu’à 72 heures et n’a pas de caractère pathologique. « Certains aliments, comme l’ail ou l’oignon, peuvent provoquer une haleine désagréable pouvant durer jusqu’à 72 heures. Ces situations ne sont pas pathologiques, elles sont simplement liées à l’alimentation», précise-t-il. Il ajoute toutefois que certaines conditions digestives peuvent aggraver la situation. « Cependant, chez certaines personnes ayant des prédispositions anatomiques ou digestives, l’alimentation peut aggraver la situation. Par exemple, une personne souffrant de reflux gastro-œsophagien et consommant des produits laitiers peut présenter une haleine plus marquée en raison des remontées acides.», insiste-t-il. Dans ces cas précis, certains aliments sont déconseillés.
Face à la gêne sociale que peut occasionner la mauvaise haleine, certaines personnes font recours à des solutions traditionnelles dont l’efficacité n’est pas scientifiquement prouvée.
Des remèdes populaires aux risques méconnus
Mamounath K., couturière à Parakou, témoigne, « j’ai souffert de ça par le passé, on m’a conseillé du citron plus bicarbonate que j’ai utilisé ». Rosine, apprentie coiffeuse à Parakou, évoque pour sa part une pratique entendue dans son entourage, « ce que je sais , c’est que quelqu’un qui souffre de ça peut mettre un peu de javel dans l’eau et utliser pour se brosser, je n’ai jamais utilisé mais on m’a dit que ça marche très bien aussi ». De son côté, Mikhaël Gbeholo mentionne d’autres alternatives, « je pense que la poudre du charbon avec un peu de citron , ou la poudre du bambou pourraient gérer ».
Des pratiques qui ne sont pas sans danger, met en garde le spécialiste. « L’erreur la plus fréquente est de penser que la mauvaise haleine vient uniquement de la bouche. Or, elle peut être le signe d’un problème de santé plus grave sous-jacent. Les astuces ne constituent donc pas une bonne solution.», avertit le dentiste chirurgien. Il insiste sur la consultation d’un spécialiste, qui reste la meilleure solution pour identifier précisément l’origine du trouble et mettre le traitement adapté. Ainsi rester à domicile et multiplier les remèdes peut retarder le diagnostic et engendrer des complications.
Une prise en charge globale et parfois pluridisciplinaire
Avant toute intervention, il est nécessaire de confirmer l’existence réelle de la mauvaise haleine. Dr. Gaston Sakponou évoque les cas de pseudo-halitose, où la personne est persuadée d’avoir une haleine désagréable alors que ce n’est pas le cas. Une prise en charge psychologique peut alors être nécessaire.
Lorsque l’halitose est confirmée, l’origine est recherchée afin d’adapter le traitement. « Si la cause est buccale, on améliore l’hygiène bucco-dentaire, on réalise un détartrage si nécessaire, et on traite les caries ou les infections mais si la cause est d’origine respiratoire ou digestive, une prise en charge avec d’autres spécialistes (gastro-entérologue, pneumologue, ORL…) est envisagée », explique le spécialiste de la bouche et des dents. Il rappelle avec insistance que « le traitement de la mauvaise haleine n’est donc pas hasardeux. Il s’agit d’une prise en charge globale, holistique et parfois pluridisciplinaire. »
Les gestes simples pour prévenir et garder une haleine saine
La prévention repose avant tout sur une bonne hygiène bucco-dentaire. Dr. Gaston Sakponou recommande, « un brossage des dents au moins deux fois par jour, le matin après le petit-déjeuner et le soir après le repas ; une technique de brossage correcte ; le changement de la brosse à dents tous les trois mois ou dès que les poils sont usés ; une consultation une fois par an chez le dentiste, même en l’absence de douleur ; une alimentation saine et équilibrée, avec une consommation modérée de sucre ; l’adoption d’une hygiène de vie saine. ». Selon lui, l’observance de ces conseils permet de réduire considérablement les risques, y compris ceux liés aux causes non buccales.
Ainsi, la mauvaise haleine ne doit ni être banalisée ni systématiquement assimilée à un manque d’hygiène. Comprendre la diversité de ses causes et orienter la personne concernée vers un professionnel de santé qualifié constitue déjà une démarche essentielle. Car, derrière ce trouble en apparence anodin peut parfois se cacher un véritable enjeu de santé publique.












