Selon le dernier rapport de Global Hunger Index (Ghi) ou Indice de la Faim dans le Monde (Ifm) publié en octobre dernier, le Bénin passe de 23,8 à 25,9 sur 100 points. Ce score place le Bénin parmi les pays dans lesquels les populations connaissent une faim grave. Un signe non négligeable qui traduit le recul du Bénin dans la lutte contre la faim dans un contexte où le pays connaît des tentatives de coup d’État que le chef de l’État Patrice Talon impute aux « marginaux » de la République. Ainsi, ce classement semble mettre en évidence les vrais marginaux de la République au-delà de ceux qui sont perçus comme les commanditaires du putsch déjoué du 7 décembre dernier.
✍️Édouard ADODE
Calculée par l’Institut international de Recherche sur les Politiques Alimentaires (Ifpri), la faim au Bénin gagne deux points en 2025 par rapport à 2016. Selon ce rapport qui prend en compte quatre facteurs notamment, la sous-alimentation, le retard de croissance chez les enfants, l’émaciation infantile et la mortalité infantile, le Bénin est marqué par une faim grave malgré les progrès macro-économiques qu’enregistre le pays sous la gouvernance du président Patrice Talon. L’insécurité alimentaire devient donc inquiétante dans le pays.
Alors, loin d’être un simple chiffre statistique, ce classement interpelle les uns et les autres sur les réelles causes des frustrations qui poussent certains à des actes déplorables à instar des événements du 7 décembre dernier. D’ailleurs, après cette tentative de coup d’Etat déjoué, le Président Patrice Talon habitue ses compatriotes à certains éléments de langage très peu fréquents dans son lexique ou du moins dans ses discours publics. Il s’agit des termes « voyous » et « marginaux » de la République. A chaque fois qu’il doit revenir sur ces événements malheureux qui a failli faire sombrer le pays, le chef de l’Etat n’hésite pas à faire savoir qu’il s’agit d’œuvre de quelques « voyous » manipulés par des « marginaux » de la République.
Dans ce contexte difficile, s’il est loisible pour le chef de l’Etat de traiter de tous les noms les soldats qui ont osé retourner les armes contre la République qu’ils sont sensés défendre, il est aussi important de réfléchir sur la proportion des marginaux au sein de la population et ce qui pourrait justifier cet état de choses. Certes, aucun gouvernement au monde ne peut faire l’unanimité. Quelle que soit la performance d’un gouvernement, il y aura toujours des mécontents à tort ou à raison. Mais, il est aussi de la responsabilité des gouvernants de chercher à réduire la proportion des vrais marginaux et surtout les vrais à travers une permanente remise en question de certaines actions avec une écoute des doléances pertinentes venant des uns et des autres. Quand le nombre des marginaux prend plus de proportion, cela devient une bombe à retardement qui pourrait tout changer. Le printemps arabe en est une illustration mémorable !
Alors, après bientôt dix ans de gestion du pouvoir d’Etat, il est donc un devoir pour Patrice Talon de faire aussi le bilan de la courbe d’évolution des marginaux et poser les vrais diagnostics. Mais le chef de l’État Patrice Talon semble perdre de vue que les vrais marginaux de la République ne sont pas ces politiciens jaloux et aigris des exploits de sa gouvernance ou encore les quelques citoyens nostalgiques du fameux «passé révolu» du Bénin.
Face aux chiffres qui révèlent que les Béninois sont de plus en plus exposés à une faim grave, les vrais marginaux de la République sont donc à chercher ailleurs. Ne sont-ils pas des marginaux, ces jeunes gens enfermés dans le carcan du sous-emploi et blasés face aux salaires politiques mirobolants et l’augmentation des postes politiques ? Les vrais marginaux ne sont-ils pas les malades dialysés tenus de mendier pour se soigner ? Les vrais marginaux ne sont-ils pas ces enseignants qui voient leur âge avancé sans espoir d’être reversés dans la fonction publique ? Les vrais marginaux ne sont-ils pas également les étudiants qui espèrent en vain le soulagement de leur peine de transport ? Les vrais marginaux ne sont-ils pas ces paysans qui se réjouissent de voir les usines tourner dans leur pays mais rêvent toujours de mieux vivre de leurs productions ?












