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NOUVELLE ÈRE POLITIQUE AU BÉNIN, Pourquoi ça craint pour les rapports entre Wadagni et Talon ?

NOUVELLE ÈRE POLITIQUE AU BÉNIN, Pourquoi ça craint pour les rapports entre Wadagni et Talon ?

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Le Bénin a encore émerveillé l’Afrique le dimanche 24 mai dernier par sa culture de transition pacifique au sommet de l’État. Avec fierté, Patrice Talon a transmis le pouvoir à son successeur au palais de la Marina pour abhorrer son manteau d’ancien président de la République. Ce qui constitue le rêve des populations d’autres pays. Mais dans cette nouvelle ère politique ouverte au Bénin depuis quelques jours, ça craint pour les rapports entre le nouveau président et son prédécesseur qui est en même temps son mentor. Ainsi, la préservation de ses relations avec Talon est l’un des plus grands défis auxquels Romuald Wadagni pourrait se confronter durant son septennat.

​Pour le moment, aucun signe ne présage d’un mandat tumultueux pour Romuald Wadagni puisqu’il bénéficie d’une Assemblée nationale composée totalement de députés de la mouvance et d’une opposition condamnée à la modération par la trêve politique. Cette lune de miel institutionnelle offre une apparence de sérénité absolue, mais l’histoire politique enseigne que ce genre de calme peut précéder les tempêtes les plus dévastatrices au sommet de l’État. Dès que les rapports entre Wadagni et Talon recevront un premier coup, ce qui n’est pas exclu au regard de l’essence même du pouvoir qui divise, ce septennat risque de devenir très électrique. La nature profonde de l’autorité suprême tolère mal le partage ou l’influence persistante d’un mentor sur son poulain une fois les rênes du pays officiellement transmises.

​L’expérience récente souligne que même les amitiés les plus solides s’étiolent face aux exigences de la souveraineté présidentielle. Si la complicité historique entre Patrice Talon et Olivier Boko, perçue autrefois comme indéfectible, n’a pas pu résister à l’épreuve des ambitions et de la réalité du pouvoir d’État, il est légitime de douter de l’immunité du duo Talon-Wadagni. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas une exception béninoise, comme en témoignent les frictions latentes observées au Sénégal entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, où la dualité entre l’incarnation officielle de la fonction et l’influence réelle du chef de parti crée des zones de turbulences inévitables. Au Bénin, la transition de « technocrate de confiance » à « chef d’État souverain » obligera nécessairement Romuald Wadagni à marquer son territoire, parfois au détriment des orientations de son prédécesseur.

​Alors, le risque de basculement des relations cordiales réside dans cette transition psychologique où le successeur cherche à s’affranchir de l’ombre tutélaire pour construire sa propre légitimité historique. Dans ce jeu d’échecs, chaque nomination, chaque réforme ou chaque inflexion diplomatique sera scrutée comme un acte d’allégeance ou de rébellion. Lorsque les intérêts de l’ancien système heurteront les nécessités de la nouvelle gouvernance, la rupture pourrait s’avérer brutale. L’unité de façade actuelle, bien que solide dans les gestes, reste politiquement fragile face au virus de la discorde que porte en lui tout fauteuil présidentiel, transformant potentiellement une passation exemplaire en un duel fratricide pour le contrôle réel de l’appareil d’État.

Édouard ADODÉ


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