AU MARCHÉ DE LA MENDICITÉ DERRIÈRE LA PRÉFECTURE DE PARAKOU, Des scènes avilissantes dans le dos du préfet Abdoul-Chakour Naro Assouma .Parakou déclassée des grandes villes du Bénin ?
Classée parmi les communes à statut particulier du Bénin et considérée comme la métropole du Septentrion, la ville de Parakou bénéficie d’une attention particulière de l’État pour son urbanisation. Pourtant, au quotidien, certaines mauvaises habitudes qui écornent la réputation de la capitale du Borgou persistent. Il est désormais de notoriété publique d’observer la transformation de la rue pavée passant devant le Centre de Santé Communal (CSCom) et la bibliothèque départementale. Cette artère, qui longe le second portail de la préfecture de Parakou, s’est transformée en un véritable marché de la mendicité, donnant lieu à des scènes avilissantes à quelques encablures seulement des bureaux du préfet Abdoul-Chakour Naro Assouma.
Ce spectacle offre un visage insalubre et chaotique en plein cœur d’une ville qui se veut moderne. Ce lieu de convergence n’abrite plus seulement des nécessiteux ordinaires, lesquels semblent d’ailleurs bien recasés pour mieux quémander auprès des nombreux passants qui empruntent cette voie névralgique desservant plusieurs institutions de la ville. Le décor s’assombrit davantage car cet espace accueille de plus en plus des malades mentaux en errance. Ces individus, livrés à eux-mêmes, se montrent parfois particulièrement violents à l’endroit des passants, créant un climat d’insécurité permanente. La situation devient encore plus dramatique lorsque l’on observe la présence massive de petits enfants innocents. Ces mineurs servent de guides à leurs parents porteurs d’un handicap physique et envahissent les lieux chaque matin pour vaquer librement à ce qui s’apparente désormais à un véritable business. À des moments d’affluence, ces enfants traversent la chaussée à tort et à travers, courant désespérément derrière un éventuel bienfaiteur repéré dans la circulation. Cette quête effrénée de l’aumône les expose quotidiennement au risque d’accident mortel, sous le regard impuissant ou indifférent des usagers de la route.
C’est à croire que l’ancien marché de friperie, qui animait jadis un espace non loin de cette rue, a été purement et simplement déguerpi pour céder sa place à ce nouveau marché de la mendicité. Il est également permis de croire que la ville de Parakou taille une part anormalement belle à cette activité encombrante. En effet, dans les autres grandes villes du pays, la mendicité est généralement repoussée vers des lieux de culte où la pratique de l’aumône est beaucoup plus appropriée. Contre toute attente, cette activité devient de plus en plus florissante dans ce périmètre administratif avec la complicité tacite, voire l’encouragement, de certaines personnalités locales qui parfois se plaisent à jeter quelques jetons aux occupants des lieux. Chaque jour, et tout particulièrement les vendredis, ces bienfaiteurs affluent sur les lieux avec divers biens et dons, qu’ils distribuent comme un symbole ostentatoire de leur charité, ce qui ne fait qu’ancrer ces populations vulnérables sur cette artère.
Ces scènes profondément avilissantes, où le fait d’être handicapé est perçu comme une fatalité, ternissent gravement l’image de la vitrine du Nord Bénin. Le plus surprenant reste l’inaction apparente des autorités de la ville, à qui cette réalité semble échapper alors même qu’elles côtoient cette rue spécifique au quotidien. Face à ce tableau peu reluisant, il urge de recaser toutes ces personnes dans un lieu beaucoup plus approprié afin d’ajouter à la ville de Parakou plus de prestige. Il ne s’agit nullement d’interdire la pratique de la mendicité, mais plutôt de l’orienter intelligemment vers des endroits indiqués.
Une telle réorganisation permettrait de faciliter le contact entre les donneurs et les receveurs sans pour autant mettre en péril la sécurité des autres et sans entacher l’image de la cité des Koburu qui avance vers les grandes villes du Bénin. À cet effet, la rigueur et la diplomatie du nouveau préfet du Borgou, Abdoul-Chakour Naro Assouma, seront un atout majeur pour restaurer l’image de cette rue qui se transforme en marché de mendiants.
Edouard ADODÉ
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