ADOPTION D’UN NOUVEAU CODE DE LA ROUTE AU BÉNIN : Vers l’âge d’or des tracasseries policières sur les axes routiers ?
L’Assemblée nationale du Bénin vient de consumer l’une des reliques de la colonisation qui subsistait jusque-là. Le lundi 26 octobre dernier, la représentation nationale a procédé au vote d’un nouveau code de la route en remplacement de l’arrêté colonial de 1956. Ce nouveau code annonce de nouvelles exigences à toutes les catégories d’usagers de la route, donnant plus de matière à la police républicaine. Par conséquent, dès sa mise en œuvre après promulgation, ce code risque d’ouvrir l’âge d’or des tracasseries policières sur les axes routiers du Bénin avec l’élargissement du panier des infractions.
L’adoption de ce premier code de la route constitue une avancée majeure pour moderniser l’arsenal judiciaire du Bénin et mettre fin à un vide juridique vieux de soixante-dix ans. En remplaçant l’arrêté colonial de 1956 par un texte moderne de six titres et 122 articles, le pays se dote enfin d’un cadre légal clair et structuré. Loin de se résumer à de simples contraintes, cette réforme s’attaque aux urgences nationales en protégeant les piétons, qui représentent 15 % des tués sur les routes, grâce à des trottoirs sanctuarisés et des pistes cyclables obligatoires. Elle instaure également une éducation routière dès le primaire et renforce la protection des usagers en rendant l’assurance moto obligatoire pour mieux indemniser les victimes, tout en luttant fermement contre l’alcool, les stupéfiants et les chauffards responsables d’une mortalité quotidienne alarmante de neuf décès.
Jusqu’à présent, malgré l’absence d’un véritable code moderne, la Police républicaine affichait déjà des bilans répressifs lourds sur les grands axes de Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Sèmè-Podji, Ouidah, Bohicon et Parakou. Entre mai et juin 2025, ce sont 5 025 infractions qui ont été constatées, suivies par plus de 5 700 infractions graves en septembre et octobre de la même année, dont 3 801 cas d’excès de vitesse. Plus récemment encore, lors d’une opération menée entre le 20 septembre et le 2 octobre 2026, plus de 3 000 véhicules ont été arraisonnés pour non-respect des feux tricolores, défaut de casque ou usage du téléphone. Si la police obtenait de tels résultats avec un arsenal obsolète et lacunaire, il est évident qu’avec un encadrement juridique désormais précis et rigoureux, la moisson sécuritaire sera considérable.
Toutefois, pour éviter que cet élargissement des infractions ne débouche sur une recrudescence excessive des tracasseries sur le terrain, des actions concrètes doivent impérativement être menées. En amont de la mise en œuvre de la loi, il est nécessaire d’intensifier les campagnes de vulgarisation et de pédagogie auprès de toutes les catégories d’usagers, tout en renforçant la digitalisation des procédures de contrôle et de paiement des amendes pour limiter les contacts physiques propices aux abus. En aval, la mise en place d’un mécanisme de veille rigoureux, de sanctions exemplaires contre la corruption permettra de garantir le professionnalisme des forces de l’ordre et de concilier efficacité sécuritaire et respect des droits des usagers.
Édouard ADODÉ



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