REDDITION DE COMPTES DU BUREAU DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE AU PALAIS DE LA MARINA, De l’allégeance institutionnelle ou de la courtoisie républicaine ?
Le vendredi 11 septembre dernier, le bureau de l’Assemblée nationale conduit par le président Joseph Djogbénou a été reçu au palais de la Marina. Au cours de cette rencontre, le bureau de l’Assemblée nationale a fait le point des activités législatives au président Romuald Wadagni. Un acte qui s’inscrit dans le nouveau paradigme des rapports entre les institutions au Bénin. Mais, dans le fond, cette démarche qui pourrait être perçue comme une démonstration de courtoisie républicaine peut bien cacher une allégeance surprenante pour ceux qui sont attachés à certains principes démocratiques.
Sur le plan formel, cette entrevue solennelle illustre un climat d’apaisement et de concertation fluide entre les pouvoirs exécutif et législatif. Elle renvoie l’image rassurante d’un État dont les rouages collaborent sans heurt pour la conduite des affaires publiques. Néanmoins, en déplaçant le théâtre du compte rendu législatif au cœur de la présidence, cette démarche frise une posture d’allégeance particulièrement troublante. Une telle démarche risque d’éroder l’autonomie fondamentale attribuée à l’Assemblée nationale par la Constitution.
En effet, cette démarche d’exercice de reddition de comptes fausse l’équilibre censé prévaloir entre ces deux organes clés. Le Parlement détient la prérogative constitutionnelle d’accorder à l’exécutif ses moyens d’action à travers le vote de la loi de finances, tout en assurant le contrôle rigoureux de l’action gouvernementale. Dès lors que la représentation nationale s’investit d’une obligation informelle de rendre compte de ses propres activités au chef de l’État, une question légitime surgit. Comment les députés pourront-ils exercer un contrôle objectif et sans complaisance sur l’action présidentielle sans glisser vers une vassalité contraire à l’esprit démocratique ?
Dans un cadre strictement privé ou informel, cette visite aurait revêtu sa pleine dimension de courtoisie républicaine sans prêter à confusion. Certes, le principe d’équilibre et de séparation des pouvoirs ne doit jamais constituer une muraille étanche isolant les institutions les unes des autres. Il impose toutefois aux acteurs politiques qui les incarnent d’observer une retenue stricte dans leurs démarches institutionnelles, tout particulièrement lorsqu’elles font l’objet d’une médiatisation publique. La sauvegarde de la souveraineté parlementaire repose avant tout sur le respect scrupuleux de cette frontière symbolique qui n’échappe certainement pas au président Joseph Djogbénou.
Edouard ADODÉ
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