SÉNAT ET DÉMOCRATIE AU BÉNIN, Quelle est la part du peuple dans cette aube nouvelle ?
À l’ouverture de la première session ordinaire du Sénat béninois, le Président Patrice Talon a fièrement fait l’éloge du Bénin qui se dote des moyens pour l’adaptation de la démocratie aux réalités endogènes. Ce qui a nécessité la création du Sénat dont le rôle se résume en quatre missions essentielles. Ainsi, pour Patrice Talon, l’aube nouvelle est désormais réelle pour le Bénin. Mais, face à cette aube nouvelle qui renforce les privilèges des anciens présidents et de quelques autres personnalités, l’on se demande quelle est la part du peuple.
Au regard de sa composition actuelle, force est de constater que le Sénat s’apparente bien plus à un organe taillé pour les privilégiés de la République qu’à un véritable creuset de représentation citoyenne. Pourtant, la haute chambre s’investit théoriquement de quatre missions majeures consistant à examiner certaines lois importantes, à réguler la vie politique, à assurer l’apaisement politique et à arbitrer les éventuels différends institutionnels entre l’Assemblée nationale et l’exécutif. Malgré ces nobles attributions, l’institution risque fortement de paraître budgétivore pour son premier mandat. Cette crainte est d’autant plus légitime dans un contexte où le parlement demeure totalement monocolore, entièrement constitué des députés issus des deux seuls partis de la mouvance présidentielle, le Bloc Républicain et l’Union Progressiste le Renouveau.
En outre, cette chambre risque également de chômer profondément ou de tourner à vide en matière de régulation de la vie politique, puisque les grands ténors de l’opposition qui pourraient violer la trêve politique se trouvent pour la plupart incarcérés et d’autres contraints à l’exil et réduits au silence dans l’espoir d’obtenir la clémence des autorités en place. Dans un tel climat verrouillé, le bénéfice direct et immédiat pour le peuple reste insaisissable, malgré après les immenses sacrifices qu’il a consentis, marqués par des pertes en vies humaines enregistrées lors des graves crises électorales de 2019 et de 2020, corollaires de la mise en œuvre du processus ayant abouti à la création du Sénat.
Toutefois, l’utilité réelle de cette institution pour le peuple pourrait se révéler avec le temps surtout quand la coloration politique du parlement serait autre que celle de l’exécutif, c’est alors que l’arbitrage attendu du Sénat en faveur de la paix et de la démocratie sera une réalité.
Édouard ADODÉ



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