Si la foi fait briller la lumière là où tout le monde voit les ténèbres, ici en Afrique, elle épaissit l’obscurité des uns et aggrave l’aveuglement des autres. Si elle est, par nature, la clé permettant à l’esprit d’accéder à la profondeur des connaissances métaphysiques qui échappent à la raison, sur le continent noir, elle est devenue une arme tranchante dont se servent certains pour ruiner et assujettir les autres. Si la foi est un chemin pour mener l’humain vers la transcendance divine, chez nous, elle est souvent dévoyée pour le ramener à une condition animale, en lui ôtant tout discernement et tout ce qui peut ennoblir son esprit.
Ainsi, au nom de la foi, la chaîne de l’esclavage mental est ranimée dans les consciences, alors même que les fers sont brisés aux pieds et aux mains. Au nom de la foi, des prédateurs déguisés en agneaux se muent en loups insatiables pour dévorer l’âme des esprits naïfs. Au nom de la foi, des valeurs humaines séculaires sont saccagées de manière insidieuse par ceux qui prétendent les sacraliser, le tout sous les acclamations fanatiques d’esprits qui se complaisent dans l’ignorance. Au nom de la foi, des mains faussement providentielles pillent les maigres ressources des pauvres. Au nom de la foi, bien des intelligences qui devraient s’éveiller pour bâtir l’Afrique sont plongées dans une léthargie mystique et suicidaire.
La récente visite du pape Léon XIV en Afrique révèle ce délitement de la dignité chez certains Africains. Au Cameroun, l’on a vu des femmes s’humilier jusqu’à lécher le sol foulé par les chaussures du souverain pontife. S’agit-il là d’une authentique dévotion ou de la manifestation d’une névrose collective non maîtrisée ? Ce spectacle désolant rappelle les nombreuses scènes d’aliénation que l’on observe chez certaines ouailles dans divers lieux de culte, où l’humain s’efface derrière le fétichisme.
Il n’est donc pas rare, sous nos cieux, de voir des femmes incapables de la moindre courtoisie envers leur époux, mais totalement asservies à la volonté de leurs gourous. On y voit des enfants rebelles à leurs parents, qu’ils stigmatisent comme sorciers, mais courant derrière des hommes dits « oints » pour mendier une onction illusoire. Elles sont légion, ces femmes qui se font extorquer leurs biens et leur dignité sexuelle par des marchands de miracles qui savent majestueusement instrumentaliser la peur pour maintenir leur auditoire sous un joug psychologique permanent. Des gourous qui exigent la génuflexion de leurs fidèles comme gage de sainteté. De nombreux rituels de « purification » ne sont plus que des parodies de piété se terminant en ébats charnels dans des recoins insolites, entre guides spirituels pervertis et une foule en quête de sacré qui finit dans la déchéance.
Ainsi, la foi en Afrique se révèle aujourd’hui plus ténébreuse que lumineuse, dépouillant l’homme de son humanité et de sa raison sous le prétexte fallacieux de le rapprocher d’une divinité qu’il ne comprend plus.
Édouard ADODE












