Le parti Force Cauri pour un Bénin Émergent (Fcbe) tourne dos à l’opposition à compter du jour de l’entrée en fonction du nouveau président élu, Romuald Wadagni. C’est la décision prise par la direction de cette formation politique lors de son conseil national qui s’est tenu le samedi 9 mai dernier en présence de son Président d’honneur, Alassane Soumanou. Cette décision est la conséquence directe de la mise en œuvre des accords signés entre cette formation politique et celles de la mouvance avant les élections générales. Ainsi, la Fcbe met la pression sur la mouvance pour le respect des clauses de leurs accords de gouvernance. En s’alignant rigoureusement sur les orientations définies lors des discussions préélectorales, le parti a démontré une loyauté sans faille envers ses nouveaux alliés. En acceptant de rompre officiellement avec son ancrage historique pour soutenir l’action du nouveau chef de l’État, la formation dirigée par Yaya Garba a prouvé que sa signature engageait réellement ses militants. Cette transition place désormais le curseur de la responsabilité dans le camp de la mouvance présidentielle qui doit, à son tour, traduire ces engagements dans les faits.
Le test de sincérité de cette alliance repose désormais sur la composition attendue du premier gouvernement de Romuald Wadagni. Pour la Fcbe, il ne s’agit pas d’une simple attente, mais d’une exigence légitime de voir les clauses de partage de responsabilités et de gouvernance concertée être appliquées avec la même rigueur qu’elle a elle-même observée. La participation des cadres Cauris à l’exécutif est perçue comme le pilier central de cet accord, garantissant que l’ouverture politique promise ne reste pas une intention de campagne mais devienne une réalité administrative. L’incertitude qui entoure encore la liste des futurs ministres place le parti dans une posture d’observation critique, car il considère avoir déjà rempli toutes ses obligations contractuelles en actant son ralliement.
Toutefois, une ombre plane sur cette attente et suscite une certaine fébrilité au sein des instances du parti. Les observateurs de la vie politique béninoise gardent en mémoire les déclarations du président sortant, Patrice Talon, qui avait publiquement relativisé la portée de tels engagements. En affirmant avec une franchise désarmante que l’essentiel résidait dans l’acte symbolique de signer les accords, tout en suggérant que leur mise en application effective pouvait rester facultative, il a laissé un héritage de méfiance. Si la mouvance venait à adopter cette doctrine du pragmatisme au détriment de la parole donnée lors de la formation imminente du gouvernement, la cohésion de la nouvelle majorité pourrait être sérieusement ébranlée.
La Fcbe attend donc de voir si l’ère Wadagni marquera une rupture avec ces pratiques ou si elle confirmera que les accords de gouvernance ne sont que des outils de circonstance, sitôt signés, sitôt oubliés.
Édouard ADODÉ












