CHRONIQUE DU PL : De la pénitence pour la sensualité…
L’existence de l’excision, ancrée dans les traditions de certains groupes socio-culturels du nord du Bénin, demeure une réalité dont la persistance interroge les consciences. Derrière cette pratique dégradante que subissent de nombreuses jeunes filles, se cache un faisceau de justifications culturelles que les défenseurs de la tradition brandissent tel un bouclier face aux assauts de l’État et des organisations de la société civile. Au cœur de leur argumentation, émerge une analogie troublante entre l’excision et la circoncision, suggérant que la jeune fille doit, au même titre que le garçon, traverser un rite sanglant pour accéder au statut de femme accomplie et intégrer le cercle des êtres prétendument achevés. Pour ces communautés, une femme non excisée porterait en elle un vide, une incomplétude fondamentale dans sa féminité. Plus pragmatiquement, d’autres y voient un mécanisme ancestral de régulation de la libido, une bride imposée à la chair puisque l’ablation du clitoris est censée étouffer l’étincelle de l’excitation voluptueuse.
Pourtant, le sacrifice du corps féminin prend des formes variées selon les latitudes géographiques du pays. Si au nord on tranche, ailleurs, on étire dans une quête de conformité tout aussi douloureuse. C’est à cette révélation glaçante que Maître Huguette Bokpè Gnancadja, Présidente de l’Institut National de la Femme, a été confrontée lors d’un récent passage dans la commune de Lalo. Là, des jeunes filles épuisées par une torture silencieuse ont porté leur plaidoyer contre une pratique qui les force à endurer, durant toute leur adolescence, l’étirement systématique de leurs lèvres vaginales sous la direction de leurs aînées. L’objectif de cette manœuvre, qui frise l’aberration aux yeux du profane, est d’allonger cette partie de l’anatomie jusqu’à lui donner la taille d’un pouce.
Dans la cosmogonie du peuple Tchi, cette modification corporelle est perçue comme un gage de sensualité accrue, une promesse de plaisir pour le partenaire. Il s’opère ici un paradoxe saisissant sur l’échiquier des traditions béninoises, tandis que certaines sociétés imposent l’excision pour brider la sensualité et garantir une fidélité soumise, ce peuple du Couffo s’accroche à la pratique inverse, infligeant des années de souffrance pour exacerber le désir. Ces deux extrêmes se rejoignent cependant dans la douleur infligée, exposant les jeunes filles à une sexualité précoce et à son cortège de conséquences désastreuses sur leur santé physique et psychique.
Cette quête effrénée du summum du plaisir sexuel semble plonger l’humanité dans une spirale de pénitences inutiles. Obnubilés par des standards de performance parfois suicidaires, certains hommes se lancent dans des protocoles risqués pour augmenter la taille de leur phallus, s’exposant ainsi au piège de l’impuissance définitive. Les femmes, de leur côté, ne sont pas en reste et, au-delà des pratiques traditionnelles, ont parfois recours à des potions et substances chimiques introduites dans leur intimité au péril de leur santé, bravant les risques d’infections sévères et de lésions irréversibles.
Face à ces déviances, une question s’impose avec force, a-t-on réellement besoin d’infliger une telle pénitence à la chair pour atteindre la plénitude des sens ? En réalité, ces pratiques sont le symptôme d’un besoin criant d’éducation à la sexualité, libérée des tabous et des mythes qui emprisonnent les milieux traditionnels. Il devient impératif de déconstruire ces idéologies mortifères pour conduire les individus vers une érotique plus saine, où la volupté se vit les pieds sur terre et l’esprit libre. La véritable sensualité ne réside pas dans la mutilation ou la transformation forcée du corps, mais dans la maîtrise de l’art de la sexualité et de ses subtiles techniques, bien loin des douleurs que l’on s’inflige par ignorance.
Édouard ADODÉ, Patriarche Lacustre (PL)
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