Le diabète est une maladie chronique qui n’épargne aucune couche de la population. Longtemps silencieuse, elle peut évoluer pendant des années sans signes apparents. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (Oms), le nombre de personnes atteintes de diabète est passé de 200 millions en 1990 à 830 millions en 2022, illustrant une progression préoccupante à l’échelle mondiale. Un véritable problème de santé publique qui appelle à une mobilisation accrue. Face à ces enjeux, le desk santé du média Le Grand Regard s’est entretenu avec le Professeur Adébayo Alassani, Maître de conférences agrégé en médecine interne au Centre hospitalier universitaire départemental Borgou-Alibori (Chud/Ba) et enseignant en endocrinologie et nutrition à l’Université de Parakou. Dans cette interview, il met en lumière les principales pistes de prévention du diabète, tout en soulignant les aptitudes et comportements essentiels à adopter par les personnes vivant déjà avec la maladie afin d’améliorer leur qualité de vie et de réduire les complications. Lisez plutôt.
Edwige MONNOU
LGR : Qu’est-ce que le diabète et quelles sont les couches concernées ?
Professeur Adebayo Alassani : Le diabète est une maladie chronique caractérisée par une augmentation du taux de sucre dans le sang, appelée glycémie. On parle de maladie chronique parce qu’elle évolue sur une longue durée. Le diabète peut toucher toutes les couches de la population, sans distinction d’âge ou de sexe, ni d’ethnie ni de classe sociale.
LGR : Quels sont les différents types de diabète et leurs particularités ?
Professeur Adebayo Alassani : On distingue principalement quatre types de diabète. Le diabète de type 1, il débute le plus souvent chez les jeunes de moins de 30 ans, généralement de poids normal. Il représente environ 5 % des cas, dû à un déficit total en insuline.
Le diabète de type 2, il survient le plus souvent après 30 ans, notamment chez les personnes en surpoids ou présentant une obésité abdominale. C’est la forme la plus fréquente, représentant plus de 90 % des cas. Il est fortement lié au mode de vie et peut être évité.
Le diabète gestationnel, il correspond à une élévation de la glycémie observée au cours de la grossesse et enfin le diabète secondaire, dû à certaines maladies ou traitements.
LGR : Quels sont les principaux facteurs de risque du diabète ?
Professeur Adebayo Alassani : On distingue deux catégories de facteurs de risque : modifiables et non modifiables.
Les facteurs non modifiables sont l’âge, les facteurs génétiques.
Les facteurs modifiables incluent une mauvaise alimentation (excès de sucre, boissons sucrées, jus industriels, huile), la consommation d’alcool, la sédentarité, la malbouffe, le manque d’activité physique et le surpoids.
LGR : Quels signes doivent alerter sur un possible diabète ?
Professeur Adebayo Alassani : Les principaux signes, appelés signes cardinaux comprennent la soif avec prise abondante d’eau (polydipsie), des urines fréquentes et abondantes (polyurie), une fatigue intense et persistante (asthénie), une perte de poids avec l’appétit parfois augmenté (polyphagie).
Il y a d’autres signes comme les infections à répétition ou une plaie qui ne cicatrise pas. Devant ces signes, il faut faire une consultation le plus tôt possible.
Il faut noter que ces signes apparaissent souvent à un stade avancé.
Le diabète peut évoluer longtemps sans symptômes, d’où l’importance du dépistage.
LGR : Le diabète se guérit-il ou peut-il être contrôlé ?
Professeur Adebayo Alassani : La réponse est à la fois oui et non. Dans certains cas, notamment le diabète de type 2 lié au mode de vie, une amélioration durable est possible grâce à un changement strict des habitudes de vie. Cependant, si les mauvaises habitudes reprennent, la maladie va réapparaître.
Dans la majorité des cas, le diabète nécessite un traitement au long cours. L’arrêt du traitement médical peut être possible sur avis médical.
LGR : Quels sont les traitements du diabète ?
Professeur Adebayo Alassani : Les traitements reposent sur deux grands piliers, le changement du mode de vie (alimentation saine, réduction des aliments sucrés et gras, activité physique régulière, contrôle du poids) ; les médicaments (comprimés ou injections d’insuline selon l’état du patient).
Le patient diabétique doit bien prendre ses comprimés tous les jours selon la prescription de l’agent de santé, bien suivre ses conseils et respecter les rendez-vous de suivi. Aucun d’autre traitement ou modification de traitement ne peut se faire sans avis de l’agent de santé.
LGR : Quels sont les moyens de prévention du diabète ?
Professeur Adebayo Alassani : Entre autres, il faut adopter une alimentation saine, variée et équilibrée, limiter la consommation de sucre, de sel, d’alcool et de malbouffe, et pratiquer régulièrement une activité physique. Faire le dépistage régulier.
LGR : Quels conseils pour une personne vivant avec le diabète afin d’éviter les complications ?
Professeur Adebayo Alassani : La personne diabétique doit accepter le caractère chronique de la maladie et suivre rigoureusement son traitement quotidiennement. Elle ne doit pas attendre l’apparition des symptômes pour prendre ses médicaments.
Il est également important de respecter les rendez-vous médicaux, de réaliser les bilans prescrits, d’avoir une bonne hygiène corporelle et alimentaire, d’éviter les blessures, de ne pas marcher pieds nus et d’adopter de bons comportements sécuritaires au quotidien.
LGR : Que pensez-vous de l’utilisation des tisanes et traitements traditionnels par certaines personnes ?
Professeur Adebayo Alassani : Certaines pratiques traditionnelles peuvent avoir un effet positif sur le contrôle du diabète. Une collaboration entre les tradipraticiens et les médecins est essentielle afin d’identifier les traitements traditionnels ou tisanes efficaces sur le diabète ainsi que les modalités d’administration de ces produits.
LGR : Votre mot de fin ?
Professeur Adebayo Alassani : Le diabète est une maladie grave, mais il est possible de bien vivre avec lorsqu’on suit correctement son traitement. Une vie épanouie est tout à fait envisageable. Quant aux personnes non diabétiques, elles doivent adopter dès maintenant des mesures préventives pour éviter l’apparition de la maladie. Tous les sujets ayant au moins 30 ans doivent faire une fois par an le dépistage du diabète à travers la réalisation de la glycémie. J’invite aussi toute la population en général à faire une consultation précoce en cas de maladie.
Entretien réalisé et transcrit par Edwige MONNOU












