Depuis quelques années, le Bénin fait l’expérience de la Commission Électorale Nationale Autonome (Cena) permanente après avoir longtemps expérimenté celles ad’hoc qui ont montré leur limite dans l’organisation des élections. Ainsi, les membres de cette institution ne sont plus désignés de manière ponctuelle pour l’organisation d’une élection, ils y siègent pendant sept ans non renouvelables. Mais avec la mise en œuvre des nouvelles réformes électorales qui ont conduit à l’alignement des mandats électifs, un chômage technique s’annonce à la Cena pour les six prochaines années.
Cette situation inédite découle d’une collision entre le calendrier électoral et les dispositions légales régissant l’institution. Il faut rappeler que le Bénin en est actuellement à sa deuxième mandature de Cena permanente. Après la mandature pionnière dirigée par Emmanuel Tiando, l’équipe actuelle, présidée par Sacca Lafia, a été installée en 2021. Selon l’article 20 de la loi n°2019-43 portant Code électoral en République du Bénin, les membres du Conseil électoral sont nommés pour un mandat de sept ans non renouvelable. Or, le cycle électoral actuel, marqué par les élections générales de 2026, crée un vide abyssal. La mandature de Sacca Lafia, qui s’achève en 2028, se retrouve sans aucun scrutin à superviser après les joutes de 2026. Plus préoccupant encore, la mandature suivante, qui débutera en 2028, devra attendre l’année 2033 pour voir les électeurs reprendre le chemin des urnes, condamnant ainsi ses commissaires à quatre années d’oisiveté totale dès leur prise de fonction.
Dans ce contexte, la Cena bascule dangereusement dans la catégorie des institutions budgétivores. Maintenir un appareil administratif complet, payer les émoluments des commissaires et assurer le fonctionnement d’une structure de cette envergure sans aucune activité opérationnelle pendant plus d’une demi-décennie pose un sérieux problème d’efficience des ressources publiques. Cette léthargie forcée fragilise également le sort du personnel technique dont l’expertise risque de s’éroder faute de pratique, tout en soulevant des interrogations sur la pertinence du maintien des contrats de travail sur une période de vacuité aussi longue.
Face à cette impasse budgétaire et institutionnelle, le Bénin se retrouve à la croisée des chemins. L’idée d’un retour aux formules du passé commence à faire son chemin dans les débats de coulisses. On pourrait envisager soit un retour à l’organisation des élections par le ministère de l’Intérieur, comme ce fut le cas au lendemain de la Conférence des forces vives de la nation en 1990, soit une réhabilitation des Cena ad’hoc, activées uniquement en période électorale. Si la permanence de la Cena était censée garantir la mémoire institutionnelle et l’indépendance, le coût de cette « veille » prolongée de six ans pourrait forcer le législateur à revoir sa copie pour éviter que l’institution ne devienne un simple gouffre financier au détriment du contribuable béninois.
Édouard ADODÉ












