Dans un contexte où les maladies sont de plus en plus fréquentes, de nombreuses personnes ont recours aux tisanes ou aux médicaments pour se soigner rapidement, sans consulter un professionnel de santé. Souvent utilisés sans connaissance précise des doses ni des effets secondaires, ces produits peuvent pourtant présenter des risques pour l’organisme. Si l’automédication procure parfois un soulagement immédiat, elle peut à long terme endommager des organes vitaux comme les reins et le foie, entraînant des complications parfois irréversibles.
Edwige MONNOU
« L’automédication est le choix personnel d’acheter des médicaments sans avis d’un professionnel de santé qualifié », explique Dr. Simplice Hinvo, médecin généraliste et responsable d’une clinique privée à Parakou. Le professeur Séraphin Ahoui, médecin néphrologue au Centre Hospitalier Universitaire Départemental Borgou-Alibori (Chud/Ba) et enseignant chercheur à la faculté de médecine de l’Université de Parakou, renchérit en disant qu’au delà de la prise de médicaments sans avis médicale, l’automédication inclut également le non-respect des consignes médicales. « L’automédication est une pratique qui consiste à prendre un traitement sans prescription médicale. Mais elle va bien au-delà. Le fait de modifier soi-même la posologie ou la durée du traitement est aussi une forme d’automédication », explique-t-il. Mariam, Coiffeuse résidant à Parakou, confie, « moi j’utilise beaucoup l’amoxicilline quand je sens que je vais faire la toux, et aussi pour accompagner le traitement du paludisme. » Pour Ismaël A., étudiant à Parakou, « c’est souvent les maux de tête qui me dérangent et je prends régulièrement du paracétamol pour me soulager ». Pourtant, ces pratiques peuvent avoir des conséquences graves sur la santé, notamment sur les reins, le foie et la résistance de l’organisme.
Les risques liés à l’usage à tort des antibiotiques
Prendre des antibiotiques sans avis médical peut avoir de lourdes conséquences. Dr. Simplice Hinvo explique, « les antibiotiques sont des médicaments prescrits par un agent de santé qui agissent directement sur les bactéries. Or, toute infection n’est pas bactérienne. » Il va plus loin en ajoutant qu’ « on peut prescrire, pour deux contextes cliniques différents, un antibiotique à quelqu’un s’il est éligible et ne pas en prescrire à une autre personne. Les antibiotiques ne sont pas systématiques dans tous les cas. » Le médecin généraliste précise, « l’automédication et surtout l’utilisation abusive des antibiotiques conduisent à la résistance, qui fait partie des complications graves. Une personne qui achète un antibiotique alors que le mal dont elle souffre ne nécessitait pas ce médicament. Elle prend l’antibiotique avec d’autres médicaments et ressent un soulagement. Mais la prochaine fois qu’elle sera réellement éligible à ce traitement, l’antibiotique risque de ne plus être efficace. » Il attire l’attention sur le fait que l’organisme de celui qui s’adonne à cette pratique s’affaiblit et perd sa capacité de résistance. Ainsi, lorsqu’il se retrouve dans une situation de maladie grave, cela peut lui être fatal, contrairement à une personne qui aurait suivi les conseils médicaux. Il appelle donc chacun à faire preuve de prudence dans l’utilisation des antibiotiques.
Au-delà de la résistance aux antibiotiques, les reins et autres organes vitaux peuvent aussi être affectés.
Impact de l’automédication sur les reins
Les reins sont particulièrement vulnérables. Dr. Séraphin Ahoui alerte, « le fait de prendre des médicaments comme les anti-inflammatoires et certains antibiotiques peut détruire le fonctionnement des reins. » Il ajoute, « Certains médicaments contiennent des métaux lourds qui peuvent détruire la barrière glomérulaire. » Les conséquences peuvent être graves. Le spécialiste des reins précise, « l’automédication peut créer des calculs rénaux, entraîner une insuffisance rénale, des glomérulopathies et des tubulopathies, c’est-à-dire la destruction des cellules qui filtrent l’urine primitive. ». « Certains médicaments ou tisanes mal utilisés peuvent provoquer une hypertension ou une hypotension. La phytothérapie abusive et le mélange de plusieurs plantes, ou leur association avec des médicaments modernes, peuvent donc endommager les reins et le foie », prévient le spécialiste. Face à ces dangers liés à l’automédication, il appelle la population à une prise de conscience et à consulter un professionnel de santé en cas de maladie. Le foie, organe vital chargé du métabolisme des médicaments, n’est pas non plus épargné par cette pratique.
Impact sur le foie
Dr. Will Smith Noukle, médecin généraliste exerçant à l’Hôpital de zone de Pobè, confie, « les médicaments ne sont pas mauvais en eux-mêmes, les plantes non plus. Ce qui pose problème, c’est la précision, le dosage et la quantité. Le paracétamol, médicament le plus consommé dans le monde, est aussi le premier médicament qui peut détruire rapidement le foie lorsqu’il est mal dosé. » Il démontre, « lorsqu’une personne prend un médicament à une dose supérieure à celle recommandée, le foie n’arrive pas à bien le métaboliser. Cela bloque son fonctionnement et, si cela persiste, peut provoquer une inflammation appelée hépatite médicamenteuse, qui peut ensuite se compliquer en cirrhose du foie. Si le foie continue d’être agressé, la cirrhose peut évoluer vers un cancer du foie, appelé carcinome hépatocellulaire, qui est mortel. » Il met en garde, « au début, il n’y a pratiquement aucun symptôme », invitant ainsi chacun à faire preuve de prudence dans l’usage des médicaments sans prescription médicale.
Au regard des risques qu’elle comporte, l’automédication ne doit pas être banalisée. Consulter un professionnel de santé, respecter les prescriptions médicales et éviter l’usage incontrôlé de médicaments ou de tisanes restent les meilleurs moyens de préserver sa santé. La vigilance de chacun est donc essentielle pour protéger des organes vitaux comme les reins et le foie.











