L’ancien président du Bénin et ancien maire du Bénin, Nicephore Dieudonné Soglo déborde de plus en plus d’énergie sur le terrain politique à la fin du second mandat du Président Patrice Talon. Il multiplie ses sorties publiques avec des discours laudateurs en faveur du régime qu’il a combattu avec rage au début du vivant de son épouse Rosine Vieyra. Cette débauche d’énergie du premier président du Bénin à l’ère du renouveau démocratique malgré ses 92 ans rappelle toute la force qu’il a déployée dans les années 90 pour impulser une dynamique nouvelle à l’économie béninoise. Alors, le nouvel engagement du patriarche qui depuis quelques années jouit d’une heureuse vieillesse intrigue.
Cette résurgence spectaculaire au cœur de l’arène, là où on l’imaginait sagement retiré pour cultiver les souvenirs d’une vie d’État bien remplie, suscite naturellement les supputations les plus audacieuses au sein de l’opinion publique. Dans un paysage politique béninois en pleine mutation, marqué par des réformes institutionnelles d’envergure, certains observateurs croient déceler derrière cette vitalité retrouvée un calcul personnel lié à la mise en place prochaine du Sénat. L’idée que Nicéphore Soglo briguerait le perchoir de cette future chambre haute, pour couronner son parcours par une dernière magistrature de prestige, alimente les débats dans les états-majors et les cercles de réflexion. Pourtant, une analyse plus fine de la trajectoire de l’homme de la rupture de 1991 révèle que ce procès en ambition est sans doute mal instruit. L’activisme actuel du patriarche semble davantage relever d’un impératif moral et d’une volonté de transmission que d’une quête de strapontin, aussi doré soit-il.
À son âge, et au regard de la stature historique qu’il occupe, Nicéphore Soglo n’a plus rien à prouver ni aucun titre à conquérir pour asseoir sa légitimité. S’imaginer que l’ancien administrateur de la Banque mondiale puisse s’encombrer des lourdeurs protocolaires et administratives de la présidence d’une institution parlementaire à 92 ans, c’est méconnaître la psychologie d’un homme qui a déjà connu les sommets de l’exécutif. Son rapprochement avec le pouvoir en place et ses prises de position vigoureuses s’inscrivent plutôt dans une logique de réconciliation nationale et de préservation de l’héritage démocratique dont il est l’un des pères fondateurs. En reprenant son bâton de pèlerin, il cherche moins à s’installer au perchoir qu’à jouer son rôle de sage, capable de transcender les clivages passés pour garantir une transition apaisée vers les nouveaux défis de la nation.
Ce retour en grâce médiatique est l’expression d’un devoir de conscience politique qui, loin des calculs de carrière, vise à stabiliser l’édifice républicain avant de passer définitivement le témoin aux générations futures.
Édouard ADODÉ












