Le vendredi 1er mai dernier, le Comité National des Rites Vodoun (Cnrv) a organisé une grande cérémonie de distinction de certaines figures qui ont contribué au rayonnement du Vodoun au Bénin. Ainsi, le Président Patrice Talon s’est vu décerner le titre de « Hounnon d’honneur » et son ancien ministre de la culture, Jean-Michel Abimbola, celui de « Kpodo d’honneur ». Un acte de reconnaissance de la part du comité présidé par le Professeur Mahougnon Kakpo. Mais, cet acte laisse transparaître des signes d’amnésie par rapport aux efforts fournis par les autres présidents du Bénin pour le rayonnement du Vodoun, notamment ceux de Nicéphore Soglo, initiateur historique de Ouidah 92.
Le président Nicéphore Soglo demeure l’architecte incontournable de cette renaissance identitaire pour avoir brisé les chaînes du mépris pesant sur les cultes endogènes. En lançant le festival international Ouidah 92, il a hissé le Vodoun au rang de patrimoine mondial, transformant une religion longtemps stigmatisée en un levier diplomatique majeur. Cette vision audacieuse n’aurait pu se concrétiser sans le dévouement de personnalités clés comme Nouréini Tidjani-Serpos, qui fut l’un des piliers intellectuels de l’événement, ou encore le diplomate et écrivain Jean Pliya, dont l’implication a permis de structurer la portée symbolique de cette célébration. À leurs côtés, l’influence de dignitaires comme Daagbo Hounon a été essentielle pour réconcilier l’institution étatique avec les autorités traditionnelles, jetant ainsi les bases de la reconnaissance officielle du 10 janvier.
S’il est légitime de saluer les réformes actuelles, la mémoire collective ne saurait occulter la posture républicaine de Mathieu Kérékou et de Thomas Boni Yayi. Bien que tous deux soient profondément ancrés dans la foi chrétienne, ils méritent une reconnaissance particulière pour n’avoir jamais abrogé cette fête. En choisissant de maintenir le 10 janvier malgré leurs convictions personnelles ou les pressions de leurs cercles religieux, ils ont consolidé la laïcité de l’État et préservé l’héritage de Soglo. Leur mérite réside dans cette capacité à distinguer la foi privée de la gestion de la cité, permettant au Vodoun de traverser les décennies sans subir de recul institutionnel.
L’histoire de la valorisation de nos rites est une œuvre continue où chaque maillon a joué un rôle stratégique. Limiter la reconnaissance aux seules actions contemporaines reviendrait à ignorer les racines profondes de ce combat pour la dignité nationale. En rendant hommage à la continuité de l’État, le Comité National des Rites Vodoun honorerait non seulement les bâtisseurs du présent, mais aussi les pionniers qui ont osé, dès 1992, affirmer que le Vodoun est l’identité du Bénin.
Édouard ADODÉ












